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En France, le halal (qui signifie, « licite » ou « pur ») alimente un marché de grande ampleur. « Le marché, jusque-là entre les mains de quelques opérateurs, est en train d’exploser »[1], soulignait déjà le consultant Xavier Terlet en 2010. On considère entre 5 et 7 milliard[2] d’euros le chiffre d’affaire pour le halal en France. Un chiffre équivalent à celui du marché « bio ». Les flux migratoires de plus en plus massifs de la population musulmane, engendrant une pratique de plus en plus traditionnelle des mœurs islamiques, explique-t-ils cette importante expansion du halal en France ?

 

Un marché de plus en plus demandeur

 

« Espèce de cordon sanitaire qui préserve la « pureté » des musulmans du reste de la société d’accueil », le choix du halal serait, selon Djemila Benhabib (diplômée en science physique, en science politique et en droit international) le marqueur d’une lutte contre « l’ouverture à l’autre ». Un combat qui appuierait « férocement l’idéologie de l’islam politique en formatant ses adeptes pour les distinguer du NOUS collectif citoyen », ajoute le chercheur.

En cela, le halal serait devenu un formidable enjeu politique, en regard de son caractère coercitif, rassemblant autour d’une conduite de la vie quotidienne musulmane. Par contamination, ce choix vient interroger l’uniformité des chaînes de production dans leur ensemble. Car le public est de plus en plus massif, à vouloir s’apparenter et se conformer à l’islam en adoptant une hygiène de vie conforme aux rites islamiques. Pour le sociologue Florence Bergeaud-Blacker, ce « gage d’appartenance » entraîne une demande plus marquée et subsidiairement, l’apparition de nouveaux produits (charcuterie sous vide, plats cuisinés, sauces pour pâtes. etc.).

 

De nombreuses branches du secteur halal se sont formées parmi les géants de la distribution tel que Wassila (marque Casino) et de l’agroalimentaire pour le volailler LDC (marque Reghalal), comme des PME (Isla Délices). Cependant, les boucheries restent le pilier du marché : environ 2 500 boucheries musulmanes sont comptabilisées en France. La chaîne de supérette controversée Hal’Shop, qui ne vendait qu’exclusivement du halal a essuyé un échec et se trouve actuellement en situation de liquidation judiciaire. Les restaurants Quicks ont également ouvert une chaîne de menus halal mais celle-ci s’est révélée infructueuse en raison de la difficulté d’obtention d’une certification halal satisfaisante conjointe à une opinion public défavorable.

Outre l’agroalimentaire, le phénomène de « labellisation » halal (refuge commerciale pour les consommateurs) atteint de plus en plus de domaines commerciaux incluant la cosmétique et la pharmaceutique (dentifrices, shampooings, rouges à lèvres et parfums garantis sans alcools ou sans produits d’origine animale).

En outre, le tourisme halal prend de plus en plus sa place dans notre pays : sur internet, des sites spécialisés comme TripAdvisor permettent de trouver des hôtels fournissant de la nourriture halal voire des salles de prières. Libération rapporte même que des piscines non mixtes sont parfois proposées aux clients. Finalement « le marché halal est la traduction économique d’une réalité sociologique », remarque Fateh Kimouche, créateur d’Al-Kanz… Mais une réalité impliquant de nombreuses mutations culturelles parfois sujettes à controverses et mettant trop souvent les Français devant le fait accompli.

 

De l’opacité du marché et de la production

 

Le scandale en 2011 de la marque agroalimentaire Nestlé [3], qui avait mis en vente des saucisses estampillées halal contenant des traces d’ADN de porc, témoigne d’un marché mal pris en main. De même, le mensuel Capital relève qu’au sein d’un test de 42 produits alimentaires estampillés halal, trois d’entre eux contenaient selon de l’ADN de porc. Difficile de savoir, donc, si c’est de la chaîne de production ou des modalités de certifications que viennent l’opacité du marché halal et de sa production.

Les organismes de certification halals les plus importants comme AVS (A votre service) ou SFCVH (Société française de contrôle de la viande halal) apparaissent directement liées à la Grande Mosquée de Paris. En 2015, la SFCVH a effectué un chiffre d’affaire de 1,5 million d’euros, témoignage révélateur de l’ampleur d’un tel marché. Toutefois, l’absence de transparence sur le cahier des charges, les modes de contrôle et les normes pour définir le halal, apparaissent de jour en jour. Le ministère de l’Intérieur a d’ailleurs lancé une grande étude afin d’éclaircir cette obscure filière.

Les différentes questions soulevées par le mode d’abatage des animaux complexifient l’uniformisation des certifications halals (étourdissement, abatages automatiques des poulets, souffrances animales…). La communauté scientifique reste également sceptique quant aux questions du tranchage de la gorge de l’animal en une seule fois, avec un seul couteau : l’hygiène liée à de telles pratiques, notamment liée à l’état de stress de l’animal – contrairement à l’abatage traditionnel, provoque un malaise légitime…

 

La taxe halal ou la dîme musulmane

 

S’ouvre ensuite la question de la taxe halal, ou dîme musulmane. La proposition en séduit plus d’un dans le domaine politique. C’est notamment le cas de Natalie Kosciusko-Morizet (Les Républicains) qui, selon le Figaro, souhaite permettre l’établissement d’un denier du culte musulman sur le modèle catholique. Mettre en place un système de « denier du culte » (ou impôt volontaire) ne pourrait-il pas permettre de diminuer les financements étrangers des mosquées en prélevant 1% des 6 milliards d’euro brassés par le marché halal – soit soixante millions d’euros reversés au financement du culte musulman en France ? Dans les colonnes  du Parisien Kamel Kabtane, recteur de la grande mosquée de Lyon, déclarait à cet égard le 12 août 2010 : « Par kilo de viande, la certification halal coûte entre 10 à 15 centimes d’euros ». En France, il existe seulement trois mosquées capables de délivrer ce label (Paris, Evry et Lyon). Cependant l’inauguration d’une taxe halal pose un problème en termes de législations commerciales et dans le cadre du respect de loi sur la laïcité. Car laisser ignorer à l’acheteur qu’il paye en plus du prix du produit une prestation qu’il n’a pas sollicité est constitutif de vente liée – « Il est interdit de subordonner la vente d’un produit à l’achat d’un autre service » Code de la consommation article L 122-1) et d’escroquerie –  « L’escroquerie est le fait (…) de tromper une personne physique ou morale et de la déterminer ainsi à son préjudice ou au préjudice d’un tiers à remettre des fonds » Code pénal article 313-1. En outre, il peut s’agir d’une pratique commerciale trompeuse – « Une pratique commerciale est trompeuse (…) lorsqu’elle repose sur des présentations fausses (…) portant sur les caractéristiques essentielles du bien » telles que « son mode de fabrication ».

« Une pratique commerciale est également trompeuse si (…) elle omet ou dissimule (…) une information substantielle » telle que « les caractéristiques du bien » Code de la consommation article L 121-1.

Enfin, l’inauguration d’une taxe halal soulève la légitime question du respect de la laïcité ; il ne relève pas de la responsabilité de l’Etat de de mettre en place une telle taxe. Les instances musulmanes[4] réfléchissent donc à une contribution volontaire versée à une fondation ou un organisme indépendant. Une taxation sur les voyages effectués vers la Mecque seraient même envisagée…

 

 

[1] Le consultant Xavier Terlet, PDG du cabinet XTC à propos du marché du halal, Le business des produits halal, l’Express, 11/08/2010.

[2] Libération, Les paniers de l’Islam, lundi 6 juin 2016.

[3] Le Figaro, Nestlé suspend la production de ses saucisses Halal Herta, 01/02/2011

[4] Op. cit. Libération.

aloysia biessy