« Je mettrai en place un revenu universel d’existence pour éradiquer la grande précarité et contribuer à définir un nouveau rapport au travail », écrit Benoît Hamon vainqueur du premier tour de la primaire à gauche, dans son programme. Mais quelle est la véritable nature et quels sont les conséquences économiques de ce « revenu pour tous » ?

  1. Le revenu universel : qu’est-ce que c’est ?

Le revenu universel d’existence consistait en un « revenu-socle » accordé à tous les Français, salariés ou non, sans contrepartie. Rémanence marxiste, le revenu universel est brandi comme la planche de salut d’une société aux distributions de richesses inégalitaires. Cet emblématique revenu « veut répondre à plusieurs objectifs : nous retirer notre mauvaise conscience face aux « pauvres », enclencher l’entrée dans le monde du bonheur partagé dénué de contraintes économiques et sociales, et surtout permettre au bon usage qui sommeille en nous d’exprimer sa générosité naturelle », l’analyse Christian Saint-Etienne, journaliste au Figaro. Plus grave encore, toujours selon ce dernier, « les tenants du revenu universel inconditionnels le définissent comme « un droit inaliénable, inconditionnel, versé de la naissance à la mort ». Ce revenu inconditionnel serait versé indépendamment de la situation familiale et financière, en sorte qu’un milliardaire y aurait droit ».

En complément ou en remplacement de revenus du travail, il est défendu par certains au nom de l’autonomie et du développement personnel des citoyens, pour repenser la place du travail dans la société. D’autres mettent en avant un argument plus pragmatique : le partage de la richesse dans une nouvelle société robotisée, où il n’y a plus suffisamment de travail pour tout le monde. Les défenseurs traditionnels du revenu universel, comme le Mouvement français pour un revenu de base, estiment qu’il doit être :

  • inconditionnel (versé que l’on travaille ou non)
  • universel (versé que l’on soit étudiant, salarié ou retraité)
  • individuel (versé quelle que soit la situation financière des autres membres du foyer)
  • cumulable (avec un salaire ou d’autres prestations)
  • automatique (versé sans que la personne doive en faire la demande)
  • permanent (perçu sans interruption tout au long de la vie, à partir de la naissance).

Deux candidats à la primaire de la gauche (Jean-Luc Bennahmias, Benoît Hamon) et certains protagonistes du mouvement écologistes (Yannick Jadot, Pierre Larrouturou et Charlotte Marchandise) ont défendu la mise en œuvre d’un revenu universel véritablement inconditionnel et universel, en phase avec l’esprit originel de ce projet : Je.

 

 

 

  1. Le revenu universel : les conditions de son application

Le revenu universel coûterait selon Benoît Hamon « 45 milliards d’euros ». Comme pour calmer les craintes de ses potentiels électeurs, Benoît Hamon assure que la mesure ne serait pas financée par l’État.

Ainsi, pour la financer, le prétendant à la présidence, propose plusieurs pistes qu’il avait déjà évoquées lors de son passage au Grand Jury sur RTL en septembre dernier. La première d’entre elle serait l’individualisation de l’impôt sur le revenu, qui pourrait, selon lui, dégager “24 milliards d’euros” par « un transfert de richesse qui veut que l’on cotise à proportion de ce que l’on peut ». La lutte contre l’évasion fiscale sera également l’une de ses priorités. « Il y a un manque à gagner de 80 milliards d’euros. Il y a 84 milliards d’euros de niches fiscales, donc les pistes existent », avait-il expliqué à l’époque. La création d’une taxe sur les robots est aussi envisagée, tout comme la fusion de l’impôt sur la fortune (ISF), de la taxe foncière, et des droits de succession car selon Benoît Hamon « les principales inégalités en France ne sont pas les inégalités de revenu mais les inégalités de patrimoine, immobilier et financier ».

Dans un second temps, Benoît Hamon souhaite la mise en œuvre « d’une grande conférence citoyenne » qui sera lancée pour fixer l’étendue du revenu universel. Il s’agira de définir son montant, son financement, son articulation avec les autres allocations sociales et la mise en œuvre du calendrier. La mesure bénéficiera par la suite à l’ensemble de la population qui pourra recevoir la somme de 750 euros. Pour mettre en place sa mesure, Benoît Hamon propose que dès 2018, le RSA soit augmenté de 10%. Il s’élèvera donc à 600 euros. Il souhaite le distribuer à tous ceux qui y ont droit car actuellement, un tiers des bénéficiaires ne le réclame pas. Il voudrait également étendre cette prestation sociale aux jeunes de 18 à 25 ans, ce qui n’est pas le cas actuellement. Le candidat Benoît Hamon persiste et signe : il s’attaque aux prétendus riches qui travaillent et économisent pour se constituer un patrimoine financier et immobilier qui leur permettra de pallier au carence d’un Etat suspicieux vis-à-vis de la classe moyenne.

 

  • Le revenu universel : une utopie dévastatrice ?

 

Incarnation de la politique démagogique, le revenu universel d’existence fait des sceptiques dans son propre camp. A priori séduisante, car elle remédierait à la complexité du système actuel, elle est décriée aussi bien par une partie de la droite que de la gauche.

Vincent Peillon pointe du doigt cette mesure en la jugeant beaucoup trop élevée, Arnaud Montebourg dénonce son coût qui serait équivalent au budget de l’État. Son coût serait de 350 milliards d’euros, selon les calculs de l’Institut Montaigne. Manuel Valls quant à lui, craint que cette mesure signe la mort de la « valeur travail » et l’abandon de la maîtrise des comptes publics.

Le revenu universel d’existence est donc farouchement attaqué par Manuel Valls, adversaire direct de Benoît Hamon à la, primaire de la gauche « Il faut être fort en regardant la réalité dans les yeux, pas en imaginant je ne sais quelle mesure qui ne sera pas opérationnelle et qui par ailleurs ruinerait le pays. 350 ou 400 milliards d’euros, c’est plus d’impôt, plus de déficit, plus de dette », a-t-il déclaré lundi 23 janvier au micro de RTL.

Pire encore, le revenu universel est construit sur une idée simple qui désengage la personne de la société parce qu’il s’agit d’une somme mensuel suffisante pour ne plus avoir besoin de travailler et cela, sans condition. Grevant lourdement l’économie du pays cette mesure est également emprunte d’une idéologie déresponsabilisante où l’homme serait naturellement bon, éduqué et qui participerait sans cesse au bien commun. Nihiliste de la réalité sociale et économique, Benoît Hamon et ses acolytes se font les nouveaux porte-paroles d’idéologues qui désarment une société déjà en péril.

 

aloysia biessy