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            Fondapol s’inscrit dans une perspective libérale, progressiste et européenne. Cette note, rédigée par Laurence Daziano, maître de conférences en économie à Sciences Po Paris, vise à expliquer dans quelle mesure l’économie va prendre un tournant en 2017, avec l’établissement du nouveau président américain Donald Trump. Laurence Daziano nous présente les mesures que la France devrait prendre pour s’assurer une économie commerciale stable.

 

L’économiste présente d’abord le nouveau contexte dans lequel l’économie va s’exercer en 2017. L’élection de Donald Trump a engendré un séisme aux Etats-Unis, bousculant la stratégie de sa politique commerciale. Ainsi, Donald Trump souhaite le retrait de son pays dans les accords de libre-échange nord-américain. De la même manière, le désengagement souhaité par le candidat Trump de l’OMC, dont le but est de favoriser l’ouverture commerciale en réduisant les obstacles au libre-échange entre les 162 États membres, risque de susciter des mutations. C’est le retour de l’économie souveraine et protectionniste, pour faire valoir au mieux les intérêts de son État. Ainsi les négociations relatives au Tafta, constituent un sujet majeur de la crispation pour les opinions publiques. Cet accord prévoit effectivement la création d’une zone de libre-échange transatlantique qui serait la première zone commerciale mondiale (plus de 45% du PIB mondial et 820 millions de consommateurs). Un projet devenu le cheval de bataille entre les tenants du libre-échange et les défenseurs d’une économie européenne plus autonome, détaché de l’économie américaine et préservant ses spécificités telles que l’exception culturelle ou la PAC. Si les négociations du Tafta sont relancées, malgré la nouvelle administration américaine, les questions des intérêts américains (extraterritorialité des lois américaines) devront être sérieusement abordées.

 

Une autre problématique s’impose : celle du statut d’économie de marché (SEM) de la Chine. Comment assurer des rapports de réciprocité économique avec la Chine ? Car aujourd’hui avec le ralentissement de sa croissance, cet État a choisi d’exporter sa surproduction industrielle dans les pays occidentaux, tirant les prix vers le bas et multipliant les faillites industrielles. Prenons le cas de l’acier, sur la seule année 2015 : les exportations chinoises ont bondi de +19,9%. Selon une étude, le nouveau statut de la Chine pourrait causer une perte d’emplois de 350 000 entre 2017 et 2020. Concrètement la métallurgie européenne pourrait disparaître en quelques mois. Mais la Commission européenne a présenté un projet de modernisation des instruments de défense commerciale. « Il faut être conscient d’un risque majeur pour l’Union européenne : la multiplication des accords régionaux dont nous serions exclus. L’échec du TPP ne doit pas faire oublier la conclusion d’un accord entre la Chine du RCEP qui ont pour effet de marginaliser l’Europe sur la scène commerciale », explique Laurence Daziano. L’économiste évoque ensuite la politique commerciale au sein de l’Union Européenne. Selon elle, celle-ci serait exclusivement guidée par la Commission Européenne de Jean-Claude Juncker et ferait face à des défis toujours plus importants – comme les tentatives des Etats Unis pour maintenir sa puissance, les BRICS qui ne jouent pas suffisamment le jeu de la réciprocité ou encore le défi des nouveau pays émergents (Vietnam, Indonésie, Nigeria, EAU, Argentine..). Il semble complexe de répondre à ces défis. Il y a dans les stratégies économiques un retour au protectionnisme (dumping monétaire, dumping social). Le plus grand risque serait d’être exclu de nombreux accords commerciaux demain.

 

Dans ce contexte, la France présente de nombreux handicaps pour faire valoir ses intérêts commerciaux sur la scène internationale. La balance commerciale française, excédentaire jusqu’à la fin des années 1990, a connu un brusque décrochage au tournant des années 2000, concomitamment avec la mise en place des 35 heures. Dans les années 1990, le solde commercial français était globalement équilibré. La situation s’est dégradée pour aboutir à un déficit commercial record de 69,6 milliards d’euros en 2011. Et cette situation se dégrade encore depuis trois ans, malgré le faible prix du pétrole. De plus, le décrochage industriel français doit également être mis en perspective avec un ralentissement du progrès technique dans l’ensemble des économies développées. Plusieurs économistes ont étudié les causes et conséquences d’un tel ralentissement, qui aboutit à une diminution de la croissance potentielle. La révolution informatique a modernisé nos sociétés mais ne s’est pas traduite par des gains de productivité aussi élevés que dans les premières révolutions industrielles. Le poids des services dans nos économies développées, moins sensibles aux gains de productivité, est un facteur explicatif. Robert Gordon, professeur d’économie américain, a développé cette idée : alors que l’invention de la machine à vapeur a lancé la révolution industrielle, les grandes entreprises du numériques créent finalement peu d’emplois. Ces travaux aboutiraient pour la France, à une croissance potentielle, sur le long terme, de 0,9%. Ce constat est inquiétant, car il signifie qu’une partie majeure de notre potentiel de croissance réside dans l’accroissement de nos exportations pour bénéficier des taux de croissance plus élevés des pays émergents.

 

Enfin, l’économiste ne souhaite pas l’élaboration d’un statut quo et présente un nombre de mesures économiques parmi lesquelles s’impose la réalisation d’une modernisation de notre politique commerciale. Se positionner vers les nouvelles routes commerciales, c’est à dire les zones émergents en forte croissance, constitue également selon l’économiste un enjeu majeur[1].

Laurence Daziano propose aussi de réformer nos administration relatives au commerce extérieur afin qu’ils soient moins coûteux, moins complexes. Il faudrait aussi reconquérir le marché industriel que la France a délaissé et enfin favoriser l’export des PME. A l’heure où la France n’est plus assez compétitive, délaisse son industrie et importe plus qu’elle n’exporte sur des produits de base, la révision s’impose.

 

Cet ensemble de mesures a le mérite d’être énoncés. Le prochain gouvernement aura-t-il le courage d’annoncer de si importantes réformes ? Quoiqu’il en soit, l’économie française paraît pour l’heure menacée, dans un contexte économique de plus en plus disparate.

 

N.B. Cet article fait la synthèse de la note de la Fondation pour l’innovation politique, Repenser notre politique commerciale, Laurence Daziano, janvier 2017.

[1] Elle indique ainsi que la croissance se jouera de plus en plus en dans ces métropoles mondialisées au Sud

aloysia biessy