©PHOTOPQR/L'EST REPUBLICAIN ; HISTOIRE - GALLO ROMAIN - ALESIA - VERCINGETORIX - CESAR - COTE D'OR - BOURGOGNE. Alise-Sainte-Reine 26 mars 2012.
La statue colossale de Vercingétorix, emblème d'Alésia, fut érigée à la demande de Napoléon III non loin des vestiges de la ville gallo-romaine.
PHOTO Alexandre MARCHI. (MaxPPP TagID: maxpeopleworld496052.jpg) [Photo via MaxPPP]

Quels sont les sentiments des Français à l’égard de leur pays, à l’aune des élections présidentielles et législatives de 2017 ? Quels sont leurs considérations nationales suite aux attentats islamistes qui ont frappé le territoire ? C’est ce que tente de révéler une étude de l’IFOP, commandée par Paris Match et Sud Radio en septembre 2016.

I. L’amour des Français pour leur Nation

  • Terrorisme et réaction

Selon l’enquête d’opinion, les attentats ont produit des effets antagonistes : si les Français condamnent de manière unanime les actes terroristes, le renforcement des « fractures françaises » qui en découle serait également un impact important de ces attaques. Un impact qui affecte également les doutes des ressortissants français dans les domaines socio-économiques, « sociétaux » ou touchant la religion et la laïcité. Cette enquête mène en fait à la recherche du rapport qu’ont les Français vis-à-vis de leur identité. En somme : « ce qui les unit et ce qui les divise », ce qu’ils espèrent ou redoutent et ce à quoi ils aspirent.

 

  • Une fierté nationale ?

L’enquête confirme la solidité d’un socle de références communes chez les Français, renforcé par les attaques terroristes. Le rattachement à des dimensions consubstantielles de l’identité hexagonale sont à dénoter, tel l’amour que les Français portent à la langue française (95% sentent un rattachement, 79% même un rattachement fort). On remarque également un attachement fort à leur patrimoine gastronomique ou leurs monuments historiques comme la Tour Eiffel.

Par ailleurs, 81% des Français se sentent fiers de leur nationalité. 39% se disent même très fiers. Mais une fracture générationnelle forte est remarquée entre jeune et anciens. Globalement les jeunes français (moins de 35 ans) sont beaucoup moins fiers que leurs aînés (71% contre 89%). De plus il est important de souligner, que les jeunes Français se voit plutôt européens, rattachés à une identité communale, et non pas seulement étatique. D’un point de vue politique, on observe un clivage entre une forte fierté éprouvée par les sympathisants des partis de gouvernement (87% au PS et 85% chez les proches de LR) à laquelle s’oppose une absence de fierté non négligeable parmi les sympathisants des groupes dits « anti-système » (27% ne se déclarent pas fiers d’être Français parmi les proches du Front de gauche comme du Front national).

 

  • Les institutions françaises : objets de désamour

Le désamour des Français pour leurs institutions politiques se fait particulièrement ressentir, notamment en ce qui concerne le président de la République ou l’Assemblée Nationale. Cette désaffection est issue de la disparition dans l’opinion de la croyance en la capacité du politique à peser sur le cours de choses et améliorer le quotidien de leurs concitoyens.

Les Français ont du mal à identifier les atouts de leur pays, quand bien même on les juge nombreux. Exaltant la préciosité de leur patrimoine, l’Histoire et la culture nationale (59% de citations), ils semblent largement plébisciter ces données au modèle social et aux services publics (44%). A l’aune de la recherche permanente de l’esprit des « pères fondateurs » et le culte porté aux grandes époques du passé, se ressent mieux le sentiment de malaise des Français face à la société moderne mondialisée. 81% des personnes interrogées considèrent que leurs compatriotes n’ont pas assez conscience des atouts de leur pays comme la mainmise qu’ils détiennent en matière gastronomique, de tourisme ou encore de la haute couture.

 

  • A la recherche de la souveraineté perdue

Sept Français sur dix considèrent que la France a perdu sa souveraineté (soit 73%). Le ressentiment de « la France du Non » envers l’Union Européenne n’en serait que plus fort. Deux tiers des Français estiment, que les pouvoir de décisions de l’hexagone devraient être renforcés, même si cela doit conduire à limiter ceux de l’Europe.

Quand on pose la question aux Français : « vous sentez-vous chez vous en France », ils sont 70% à répondre « non ». Une déclaration qui s’expliquerait par la perte de repères engendrées par les attaques terroristes de plus en plus prégnants. 68% déclarent de se sentir en sécurité nulle part, en particulier les segments les plus fragiles (74% des personnes appartenant aux catégories modestes et 72% de celles appartenant aux catégories pauvres) – ainsi que la quasi-totalité des sympathisants frontistes (92%). Ce sentiment d’insécurité se retrouve dans tous les segments sociodémographiques de la population, avec un effet aggravant lié aux attentats de Nice et Saint-Étienne-du-Rouvray. C’est d’ailleurs à la suite de ces événements tragiques que la confiance de l’opinion quant à la capacité du gouvernement à protéger les Français du terrorisme chute spectaculairement.

Est-ce de ces prises de positions que les Français apparaissent de manière défavorable au vue de l’opinion ? Car les Français sont perçus comme des êtres indisciplinés (64% contre 21%), pessimistes (63% contre 31%), orgueilleux (60% contre 16%) voire racistes (49% alors que 18% des personnes se voient comme telles).

 

II.  Les causes de la désaffection

  • Le poids de la crise économique

Corollaire de la crise économique et sociale qui perdure, 38% des personnes interrogées sont d’avis que le chômage est le principal handicap du pays. L’inversion de la courbe du chômage constitue en ce sens l’événement le plus attendu par une majorité de Français en 2017 (58%). Par ailleurs, la « curiosité » autour de Benoit Hamon et de sa proposition d’instaurer un revenu universel à moyen semble témoigner la en filigrane d’une forme de fatalisme et d’une résignation quant au retour de plein emploi dans l’hexagone, soulignent les rapporteurs du dossier[1].

 

  • Menace migratoire et laïcité

35% des sondés affirment éprouver une crainte vis-à-vis l’immigration et tiennent cette situation comme l’un des principaux handicaps du pays. C’est d’ailleurs un pourcentage (43%) minoritaire qui se révèle en faveur de l’accueil des « réfugiés ». De même, c’est une part minoritaire des Français (30%) qui estime que l’immigration est plutôt une source de bénéfices que de coûts. Voir l’immigration comme une chance pour la France est également une pensée moyennement soutenue y compris chez les sympathisants de gauche  – 46% d’adhésion contre 54%. Seuls 21% voit la menace terroriste comme un handicap du pays.

78% des Français soulignent qu’il existe une menace quant au respect de la laïcité[2]. La peur prévalant pour 87% des Français est que les religions prennent trop de place dans le débat public. L’inquiétude se concentre d’ailleurs sur l’intégration de l’islam dans la République: un taux élevé de Français (56%) juge que l’islam est incompatible avec les valeurs de la société française. Un sentiment qui connaît des disparités en fonction de l’âge : ce sont surtout les personnes ayant 35 ans ou plus qui soutiennent cette pensée (62%) et les sympathisants de droite (74%).

 

  • Les Français : désespérés ?

Les perspectives de changement sont jugées minces par les Français, alors même que la campagne présidentielle est censée apporter quelques espoirs de changement.

Ainsi, 84% des Français s’accordent à souligner que la société française est bloquée – pour 33% se déclarant même « tout à fait d’accord » avec ce point de vu. Cette impression de blocage est partagée majoritairement dans l’ensemble des segments qui composent la population. Ce blocage serait pour les Français issu d’un manque de courage du personnel politique (55%), davantage pointé par les sympathisants de droite (63%) que par ceux de gauche (45%). Les Français constate un manque de responsabilité du personnel politique, la trop faible prise en compte des propositions ou avis des citoyens par les pouvoirs publics (40%) ou bien l’incapacité à mener des reformes structurelles (41%).

Une défiance toujours plus forte vis-à-vis de la classe politique s’établit, engendrant un attrait pour les nouvelles formes d’action ou l’abstention. Dernièrement, les résultats des différentes primaires s’en sont fait l’écho : l’éviction des candidats « naturels » ou sortants comme Cécile Duflot, Nicolas Sarkozy ou Alain Juppé, n’en est-elle pas le témoignage ?

Les Français adoptent une façon de penser pessimiste quant il vient de la question de leur situation personnelle par rapport à leur famille, parents et enfants à l’avenir. La crainte du déclassement, « vécue ou fantasmée » selon les rapporteurs, est prégnante. Ce sentiment touche en particulier les classes moyennes de la société. 69% des personnes interrogées estiment que leurs parents vivaient mieux qu’eux à leur âge. 70% d’entre eux expriment une réelle inquiétude s’agissant de la vie de leurs enfants dans la société française de demain et anticipent pour leur progéniture une vie moins bonne que la leur. D’autres indices laissent deviner les craintes actuelles des Français, notamment la potentialité d’un monde de demain soumis à l’espionnage (70%).

 

Conclusion

Malgré le pessimisme ambiant souligné par les rapporteurs, 64% des Français se déclarent satisfaits de la position qu’ils occupent dans la société aujourd’hui. Il en va de même pour les 65 ans et plus (76%), les cadres et professions intellectuelles supérieures (79%) ou les personnes appartenant aux hauts revenus ou aux catégories aisées (92%).

A l’orée de la présidentielle, les questions qui se posent pour les séquences électorales de 2017 sont nombreuses. Les Français répondront-ils présents aux votes ? Faut-il, pour retenir leur attention, seulement évoquer l’islam dans la République, le terrorisme ou de questions identitaires pour les enjoindre à participer ?

 

 

[1] Frédéruc DAbi, directeur général adjoint du département Opinion et Stratégie de l’Ifop ; Esteban Pratviel, chef de groupe du département Opinion et Stratégie de l’Ifop.

[2] Avec une adhésion à cette affirmation de 70% chez les sympathisants de gauche contre 87% parmi ceux de droite

aloysia biessy