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Le système éducatif français ne parvient aujourd’hui ni à tenir ses promesses “d’égalité et d’émancipation”, ni à doter les jeunes des compétences nécessaires pour maintenir notre niveau de vie dans un contexte de compétition économique aiguisée.

On remarque aujourd’hui une forte tendance à reproduire les “inégalités sociales” et avec des performances globales qui ne dépassent pas celles de la moyenne des pays de l’OCDE.

En conséquence, la France doit impérativement se fixer, pour les dix prochaines années, des objectifs ambitieux concernant ces deux aspects.

Bien que ces problèmes sur le sujet de l’éducation ont donnés lieu à de nombreuses réformes ces dernières décennies, aucune n’a jusqu’à présent conduit à une amélioration significative de la situation. Examinons les accusations portées aujourd’hui sur le système éducatif.

Niveau d’étude

Depuis les quarante dernières années, nous assistons à une “élévation sensible du niveau d’étude” selon les mots de France stratégie. La part de bachelier dans une classe d’âge a certes considérablement augmenté, principalement sous l’effet d’une hausse du nombre de bacheliers professionnels et technologiques mais qu’en est il du réel niveau de ces derniers ? Les performances demeurent trop faibles : un nombre élevé de décrocheurs demeure : 110 000 élèves sortent chaque année, de l’enseignement secondaire, sans diplôme. Toutes les données convergent pour montrer qu’en dépit de l’effort de rattrapage des trente dernières années, dont les résultats sont notables, le niveau moyen des compétences acquises par les jeunes Français durant leur formation initiale n’est pas suffisant.

De forts écarts de niveau entre les élèves sont remarqués, conséquence directe est le sentiment qu’ont beaucoup d’élève d’être « enfermés » dans des choix d’orientation souvent subis, mal préparés en amont et sans retour possible. Ces orientations aboutissent à des “inégalités sociales” d’accès à l’enseignement supérieur et aux filières les plus sélectives en son sein. Inégalités qui semblent être si manifestent qu’elles passent parmi les principales préoccupations du gouvernement avant même le niveau scolaire.

Moyens

 

Pas assez de moyens, trop d’objectifs ! L’école dispose de moyens insuffisants et mal répartis. La dépense totale (publique et privée) consacrée par la France au financement des établissements d’enseignement – 5,3 % du PIB en 2012 – la situe dans la moyenne des pays de l’OCDE, mais assez loin des niveaux atteints notamment par la Corée, les Etats-Unis, la Norvège ou la Nouvelle-Zélande (plus de 6,3 %). Le faible niveau de dépenses que la France consacre au primaire et au préprimaire apparaît comme l’une des causes de son faible niveau. Au vue des données PISA de 2012[1], onze pays comparables à la France font mieux qu’elle, à la fois en termes de résultat moyen en culture mathématique et sur l’impact des “inégalités sociales”.

L’école vise aujourd’hui des objectifs peu cohérents, car nombreux et peu hiérarchisés. Celui de l’égalité laissant perplexe de par son équivocité. Il existe notamment un problème dans la multitude de missions successivement assignées à l’école sans avoir jugé de leur compatibilité. Une difficulté réside probablement dans l’organisation du travail des enseignants qui travaillent de manière très individuelle. Leur pédagogie n’étant par toujours adaptée aux méthodes dites “actives” et au niveau des élèves. L’enseignement est par ailleurs trop peu focalisé sur les compétences indispensables pour l’avenir. L’acquisition de compétences transversales tels que l’autonomie, la capacité à s’autoformer, à travailler en équipe, et la créativité étant aujourd’hui indispensable, l’un des enjeux majeurs est celui de développer la littératie numérique chez tout les jeunes, afin qu’ils deviennent des acteurs autonomes et critiques d’une société numérique choyant une large place à la création et à la coopération.

 

La France investit peu dans l’éducation. Cependant, l’effort pécuniaire n’étant pas suffisant il faut viser une évolution des contenus et des modalités de l’enseignement, tout comme de l’organisation et de la gouvernance du système éducatif pour prétendre à un quelconque mouvement.

Au vue du constat dressé, la France peut se fixer un double objectif à l’horizon 2027 : augmenter la performance globale de son système éducatif et réduire les inégalités qui caractérisent sa situation actuelle. Cette ambition nécessite que l’on s’interroger sur les moyens consacrés à l’éduction, mais aussi sur les contenus et les modalités de l’enseignement, et sur l’organisation du système éducatif.

 

Doit-on investir plus dans l’éducation et comment ?

 

Rejoindre le groupe des pays les plus performants, les questions de l’ampleur, du ciblage par niveau d’enseignement et des modalités de financement de l’investissement éducatif de la nation doivent être posées. La somme des montants pour chacun des différents niveau doit tenir compte de l’effort à consentir par la Nation pour égaler les pays les plus performants soit jusqu’à 1,4 point du PIB (30 milliards d’euros). Il faut par ailleurs, si l’on veut augmenter le budget consacré à l’enseignement, réduire celui consacré à des politiques jugées moins stratégiques. Il faut aussi définir les secteurs prioritaires au sein de l’enseignement et juger s’il faut en développer d’autres. Un effort substantiel en faveur de l’éducation suppose que de se montrer capables de procéder collectivement à plusieurs types d’arbitrages.

 

Quelles évolutions de l’enseignement ?

 

Atteindre ces objectifs de performance et d’équité demandera également de repenser le contenu et l’organisation de l’enseignement. Comment s’assurer que l’école enseigne les compétences dont le pays a et va avoir besoin ? L’idée d’envisager des réformes de l’organisation interne du système éducatif fait son apparition : revoir la stratégie des différentes filières au lycée. Faire évoluer les contenus et les méthodes de l’enseignement exige de procéder à l’évolution de manière conjointe des métiers et carrières des enseignants. Pour rendre attrayant le métier d’enseignant et ainsi perfectionner la qualité du corps professoral, faut-il revoir les modalités de recrutement des enseignants ? Faut-il augmenter leur rémunération ? Alors que notre siècle avance vers l’aire du numérique, faciliter l’usage du numérique dans les pratiques de l’enseignant, impliquant des évolutions du coté des compétences numériques des élèves, est nécessaire. La reproduction sociale résulte de défauts institutionnels qui frappent tous les niveaux d’enseignement, du préscolaire au supérieur. Faut-il développer massivement l’accueil des plus jeunes enfants dès 2 ans et dans quelles circonstances ? Faut il poursuivre la politique d’éducation prioritaire ? Autant de questions vraisemblablement complexes qui trahissent l’inaptitude du gouvernement manifestement dépourvue devant de telles interrogations.

 

Comment réformer la gouvernance et le pilotage du système éducatif ?

 

Les problèmes d’organisation du système éducatif et les difficultés à le réformer appellent à repenser les modalités de sa gouvernance et de son pilotage. Faut-il déléguer plus de responsabilités aux collectivités territoriales ou, à l’inverse, décentraliser certaines compétences ? Faut-il aller plus loin dans l’autonomie accordée aux établissements et en faveur de qui ? Comment concilier autonomie locale et égalité des territoires ? Pour améliorer sa performance et son attractivité internationale, la France s’est fixée comme objectif de développer une dizaine d’universités intensives en recherche et de rang mondial. qu’en est-il des autres établissements supérieurs ? L’égalité d’accès de tous les jeunes à l’enseignement supérieur devra-t-elle passer par une offre de formation de proximité ou au contraire par la mobilisation d’aires significatives à la mobilisation géographique des étudiants ?

 

Les attentes à l’égard du système éducatif sont fortes, multiples, et assez largement déçues. Les comparaisons internationales étayent par ailleurs ce sentiment : performance globale insatisfaisante du système de formation continue, difficultés d’insertion professionnelle d’une proportion importante des jeunes. L’Ecole doit former non seulement des actifs capables de contribuer au potentiel d’innovation de notre économie mais aussi des citoyens autonomes, partageant une culture et un esprit critique les rendant aptes à comprendre le monde qui les entoure et à participer à sa transformation. C’est donc un défi de taille que le système éducatif lance à la société aujourd’hui. Les questions qu’il soulève rendent comptent à la fois des difficultés et des contradictions auquel il est confronté.

[1] L’enquête internationale PISA a été publié en décembre par l’OCDE. Elle aborde les performances des élèves de 15 ans en 2012, des conclusions très attendues par le gouvernement pour mesurer l’efficacité de leur système éducatif et éclairer leur choix.

Nb. Cette note propose un compte-rendu sur le ton de la neutralité de la lettre d’information de France Stratégie : “2017-2027 : quelles priorités éducatives – les enjeux”,  France Stratégie , juin 2016, auteurs ; Daniel Agacinski, Mohamed Harfi, Son Thierry Ly

 

aloysia biessy