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S’opposer au renouvellement du glyphosate, principe actif de l’herbicide (Roundup,…) de Monsanto ? C’est  en tout cas ce qu’entendait originellement proposer la résolution de la Commission Européenne, votée par les députés mercredi 13 avril 2016. 

 

De l’interdiction au non renouvellement 

Et pourtant : sans interdire le glyphosate, les parlementaires ont choisi d’autoriser la substance pour sept ans, au lieu des quinze ans préalablement défendus par le projet bruxellois. Un compromis étonnant, puisque le recours visait à l’origine une interdiction du produit, qui ne devait plus être employé par les particuliers et les collectivités. Soulignant l’absence « d’alternative économiquement viable et garantissant la santé humaine à proposer aux agriculteurs », la député Angélique Delahaye, membre du Parlement Populaire Européen (PPE), choisit de proposer un amendement consensuel.

Mesure toute symbolique : la résolution ne comporte aucune capacité juridique contraignante. Pour autant, on assure que le rapport aura une incidence sur la proposition finale de la Commission. Cette dernière, composée d’un comité d’experts issus des différents pays membres, livrera un avis définitif d’ici quelques semaines. Et le temps presse : l’autorisation du glyphosate sur le territoire européen expirera à la fin du mois juin.

Un produit dangereux ? 

Les qualités cancérogènes « probables » du produit ont été soulevées par le Centre International de Recherche sur le Cancer (CIRC), qui classe le glyphosate dans la catégorie « cancérogène » en mars 2015. L’Autorité Européenne de Sécurité des Aliments (EFSA) a bientôt contredit l’avis, portant une voix favorable à l’échelle européenne. Une objection que des études épidémiologiques réalisées par l’OMS semblent contester… L’Organisation Mondiale de la Santé a en effet émis un diagnostic inquiétant, soulignant la potentialité accrue – de 50 % (!)-  de risque de contracter un cancer des noeuds lymphatiques pour les personnes travaillant avec du glyphosate.

L’absence de transparence totale des analyses émettant la non dangerosité de la substance ne fait qu’entériner la méfiance ; au nom de l’intérêt public supérieur, les  porteurs de la résolution parlementaire – Vytenis Andriukaitis (commissaire européen de la santé) à leur tête- ont demandé de rendre publiques les études à l’origine de l’avis favorable de l’Autorité Européenne de Sécurité des Aliments. Les entreprises à l’origine de la commercialisation des produits contenant du glyphosate ont … refusé !

Les acteurs de la société civile mobilisés 

S’inscrivant en défaveur du maintien d’un tel produit sur le marche, la société civile s’est mobilisée pour l’occasion : pétitions, sondages… Les résultats sont éloquents : le glyphosate ne recueille pas les faveurs des particuliers.

Par ailleurs, la décision de l’Autorité Européenne de Sécurité des Aliments a provoqué l’ire du collectif d’ONG Global 2000 : l’organisme a déposé plainte contre Monsanto et l’EFSA au début du mois de mars. « Nous sommes fondés à penser que les autorités européennes et les industriels ont cherché, via des interprétations faussées d’analyses, à maintenir le glyphosate sur le marché européen malgré ses probables effets cancérogènes pour l’être humain”, explique l’avocat de Global 2000, Josef Unterweger.

 

Conclusion. Glyphosate et OGM : un conflit d’intérêt ? 

L’utilisation du glyphosate soulève des questions sous-jacentes, notamment celle des OGM. La consommation du glyphosate dans le monde a été multipliée par 260 ces quarante dernières années. Or, « la plupart des OGM qui ont été développés l’ont été pour tolérer le glyphosate » indique le rapporteur de la résolution à la Commission Européenne, M. Robert Rochefort.  Ainsi, l’usage d’OGM pourrait alimenter un objectif financier : la vente plus massive de glyphosate.

Conflit d’intérêt ? Alors que le Conseil d’Etat vient d’annuler son arrêté de mars 2014 [1] stipulant l’interdiction de la commercialisation, la culture et l’utilisation du maïs MON810 (groupe Monsanto France), on s’étonnera du poids d’une instance telle que Monsanto, capable de vendre deux produits intrinsèquement liés. Et si la victoire de Monsanto sur le Conseil d’Etat reste d’ordre symbolique – la loi française de juin 2014 interdit la culture des OGM en France, on notera que le Traité Transatlantique, en fin de négociations, risquent de lever certaines de ces mesures prohibitives nationales…

Sources :

Le Monde, Le Parlement européen demande une réautorisation limitée du glyphosate, 13.04.2016

Sciences et avenir, Pesticides : plainte contre Monsanto et l’Autorité européenne de sécurité des aliments, 3.03.16

Le Monde, Planète, Pourquoi le maïs transgénique MON810 de Monsanto restera interdit en France, 15.04.16

 

aloysia biessy