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Jean-Frédéric Poisson est député des Yvelines et Président du Parti Chrétien Démocrate. Dans le cadre des primaires de droite et du centre, il a décidé de poser sa candidature et propose une série de mesures pour « Libérer la France de Mai 68 ». Un réveil selon lui nécessaire, dont l’élu a accepté de s’entretenir avec France Renaissance.

 

France Renaissance. Vous soulignez au début de votre programme que l’échec de la sphère politique actuelle installe un climat propice au changement de logiciel politique : mépris à l’égard des Français, immigration incontrôlée, déficit public entériné,… Parallèlement, certaines personnalités politiques en appellent à « l’union des droites ». Est-ce à l’aune d’une atmosphère rythmée par ces deux volets que vous avez souhaité franchir le pas ?

Jean-Frédéric Poisson. Ce que je souhaite pour le redressement du pays n’est porté par aucun des candidats depuis longtemps déclaré. Nous aurons dans le paysage de la primaire un casting que l’on connaît depuis longtemps, sans surprise. Quand j’observe ce casting, je ne vois pas grand-chose de ce que j’attends et que je crois nécessaire pour le redressement de la France. Je vois assez peu de retour massif à la fonction protectrice de l’Etat, alors que c’est sans doute ce que les Français attendent le plus aujourd’hui. Je ne vois pas davantage d’efforts tendant à la reconstitution du tissu national, alors que c’est ce qu’il nous manque le plus… Et je vois encore moins une vraie exigence sur ce qui, pour le Parti Chrétien Démocrate et moi, a toujours été un principe absolu et une nécessité de premier ordre : le respect de la dignité humaine et cette perception de la famille comme socle de l’organisation sociale. Si j’avais trouvé ces différents éléments chez tel ou tel candidat, je ne me serais pas présenté aux primaires et le Parti Chrétien démocrate aurait soutenu ce candidat… Il n’existe pas ! C’est donc à partir de ce constat – et devant l’affaiblissement sans précédent des institutions, un fractionnement du corps social qui n’a pas d’équivalent dans l’Histoire de France et une forme de désespérance des Français à comprendre comment l’axe peut être redressé –  que j’ai proposé au Parti Chrétien Démocrate s’il était pertinent que je me présentât à la primaire…Je me suis donc porté candidat.

France Renaissance. Par conséquent, l’union des droites, telle que le proposait originellement les rendez-vous de Béziers – auxquels vous vous êtes rendu, est-elle encore possible ?

Jean-Frédéric Poisson. L’opération de Béziers a été torpillée par le Front National. C’est d’ailleurs peu surprenant ; il a joué de manière ambigüe. Aujourd’hui, le Front National draine auprès de lui un certain nombre d’électeurs à qui il fait croire qu’il est le parti du renforcement de l’Etat, des solidarités naturelles, du respect de la dignité humaine : ce qu’il n’est pas, ou plus, en tout cas, depuis un moment…. Comme dans toutes les autres familles politiques, les querelles internes, idéologiques, de pensée, qui dépassent les problèmes de postures ou d’influence, y sont très présents…De sorte que de manière indue, le Front National bénéficie d’un crédit de parti politique neuf – qu’il n’est pas, avec une ligne politique claire – qu’il n’a pas, et des leaders qui se disent capables de gouverner alors qu‘ils ne le sont pas. Craignant de voir émerger une espèce de force politique, même informelle, des rendez-vous de Béziers qu’il aurait en quelques sortes privé des voix électorales conservatrices dont il a besoin, il a torpillé l’opération. Cela a d’ailleurs assez bien marché… Ce n’est pas que tout soit à refaire : je pense qu’il y aura malgré tout un avant et un après Béziers. En fait, ce qui était important était de montrer qu’il existe une attente de la part des conservateurs – dont je suis un représentant parfaitement assumé. Cet électorat a besoin d’entendre qu’on s’occupe de lui, que l’on porte sa parole ; je fais partie de ceux qui, au quotidien, essaie de la porter. C’est donc normal que je me rende à Béziers pour dire la sympathie que j’ai à l’égard de ces personnes désemparées en ce moment. La suite des opérations – à laquelle je n’ai pas pris part puisque je ne suis resté que la soirée de vendredi – a été torpillée… Ce qui est dommageable, puisque les intérêts de la France sont supérieurs à ceux de n’importe quelle formation politique.

France Renaissance. Vos propositions de campagne portent (très schématiquement) sur deux volets : d’une part, les mesures « civilisationnelles » (protection de la famille, la dignité humaine, lutte contre le changement de civilisation, revalorisation des racines chrétiennes de l’Europe,…) et d’autre part, la refondation de l’État-nation (fonctions régaliennes, redonner confiance dans les acteurs judiciaire, économique, sécuritaire, politique,…).

En termes de mesures « sociétales », vous soulignez le rôle important des héritiers d’un mai 68 individualiste, rejetant le concept de Nation, du goût de l’effort, de l’envie de créer… Votre solution ? « Libérer les corps intermédiaires », redonner le pouvoir à la société civile (familles, …). Comment leur redonner les moyens d’agir concrètement ?

Jean-Frédéric Poisson. C’est assez facile à imaginer, mais difficile à faire. Tout a été fait depuis très longtemps maintenant – par des gouvernements de droite comme de gauche – pour retirer aux corps intermédiaires leur liberté d’action, leurs moyens (financiers compris) et leur capacité d’initiative. En sont le signe l’ensemble des politiques fiscales et de prélèvements qui pèsent sur les territoires, des associations, des entreprises et des familles – les quatre corps intermédiaires. Ce qui est le plus spectaculaire – et c’était l’objet du débat de la semaine dernière au Parlement, c’est le rabotage des dotations de l’Etat aux collectivités, qui est extrêmement nuisible à leur capacité d’investissement. Or, la liberté d’une collectivité c’est sa capacité d’investissement ! Quelques mois auparavant, le débat portait sur le rabotage du quotient familial et de la fiscalité pour les familles, notamment les familles nombreuses –et plus généralement, la politique fiscale à l’égard des classes moyennes. S’ajoute à cela une réglementation qui est devenue parfaitement incompréhensible et ne porte aucune valeur ajoutée en matière de liberté. Donc c’est assez simple : plutôt que d’ajouter des dispositifs aux dispositifs, il faut en enlever. Et dans le concours des propositions, on peut commencer par rayer des tas de choses des codes et des circulaires. C’est pas la peine d’inventer de nouvelles mesures, il faut juste enlever celles qui ne servent à rien ou qui donnent davantage de poids et de légitimité, en quelque sorte, à un appareil administratif allant à l’encontre de la liberté des acteurs. Par exemple, regardons tous les domaines dans lesquels nous pouvons faire en sorte que la France se mette au même niveau que les normes européennes. Agriculture, construction, énergie, protection de la nature, industrie,… : il y a des tas de domaines dans lesquels les normes prolifèrent. Je n’ai pas entendu dire que les Allemands étaient plus malades parce qu’il y avait des contraintes sur le lait inférieures à celles de la France,… Arrêtons de faire comme si nous avions les moyens d’être les meilleurs d’élèves de l’Europe – ce que nous n’avons pas, et faisons en sorte que chacun puisse s’investir là où il est, en enlevant les normes. Rétablissons les moyens d’action sur le plan fiscal, qui confèrent aux acteurs de ces différents domaines les moyens de prendre les décisions, de les porter le plus loin possible. Ne faisons que ça et vous verrez que nous retrouverons ce dont nous avons le plus besoin : de l’oxygène. Quand une personne est asphyxiée, on lui donne de l’air : mon objectif, c’est de donner de l’air à la France.  

 

France Renaissance. Selon vous, la conservation de notre civilisation ne peut s’adapter aux racines civilisationnelles de l’islam. Je vous cite : en ce qui concerne « l’islam ‘’tout court’’ », il ne peut être ‘’assimilé’’ « dans la mesure où ses déclinaisons sociales et politiques entrent en collision avec les principes fondateurs de notre société, en tous cas avec notre mode de vie[1]. » Pour autant, dans vos mesures vous proposez de « lutter contre l’islamisme en associant les musulmans de France » (mesure n°5). Pouvez-vous nous expliquer ce qui peut apparaître comme un paradoxe pour les lecteurs de votre programme?

Jean-Frédéric Poisson. Je comprends que cela puisse paraître paradoxal. Je plaide pour le fait de rappeler que la France n’est pas un pays musulman. On vient en France parce qu’on aime le mode de vie à la Française : en fin de compte, des générations entières d’immigrés, originaires de pays musulmans où l’islam est présent, s’adaptent en très grand nombre au mode de vie français. Preuve qu’il est enviable. J’ai connu, lorsque j’étais adolescent un mode de vie bigarré en termes ethniques, religieux. Les choses marchaient à peu près pacifiquement. Mais il y a avait une différence alors : il n’y avait pas de doute sur la culture de référence. Ces personnes vivaient en France, elles s’y étaient accommodées. Et si elles continuaient à parler leur langue, parce qu’elles ne parlaient pas le français, elles n’avaient pas de doutes sur le fait qu’il faille respecter la culture française, son mode de vie. Il ne serait venu à l’idée d’aucun de mes camarades de classe d’exiger à la cantine un menu hallal ou de demander une pause de dix minutes pour faire la prière à cinq heures ! Ce n’était pas envisageable. Aujourd’hui, un certain nombre de personnes considèrent qu’elles peuvent l’envisager pour deux raisons : la première c’est que nous ne défendons plus notre cadre culturel en disant que c’est le meilleur – parce que c’est le meilleur, c’est le nôtre ! Et la deuxième c’est que nous avons laissé s’exprimer dans le cadre social une manière violente de revendiquer des pratiques culturelles au nom de la religion. Je parle du voile, des menus hallal, des consultations médicales spécialisées dans les hôpitaux. S’ajoute à ce phénomène un certain nombre de revendications, portées par des musulmans, nourries d’un radicalisme qui a toujours été la marque d’un certain nombre d’Etats du Proche-Orient – je pense à l’Arabie Saoudite en particulier, berceau du salafisme. Radicalité exportée, au point que nous en sommes venus à considérer que, bien sûr, il faut lutter de toute nos forces contre le salafisme et ses différentes manifestations – qu’elles soient religieuses ou sociales- tout en constatant par ailleurs que l’immense majorité des musulmans qui sont en France ne sont pas salafistes, et ne veulent pas l’être ! L’immense majorité d’entre eux ne sont pas pratiquants… Tous ces musulmans qui veulent pratiquer leur foi et leur croyance dans des conditions décentes en ont le droit. Le devoir de la France est de garantir l’exercice de ce droit. Prenons-les à témoin, en leur disant : « nous avons bien compris que vous ne voulez vivre selon les préceptes prêchés par les radicaux. Très bien : écrivons-le ensemble. Nous allons vous aider à les rejeter de votre communauté, comme nous voulons les rejeter de notre communauté ». Ces musulmans qui veulent pratiquer leur foi pacifiquement, on ne va pas les expulser  – d’autant que l’immense majorité est française ; on ne va pas non plus les tuer, les parquer,… Puisqu’ils sont français – même si leur attachement à la France est divers – la seule manière est de faire avec eux, d’entrer dans une discussion contractuelle, à la manière dont la France est entrée de façon contractuelle avec les chrétiens et les juifs avec la loi de 1905. Il faut faire en sorte qu’on réponde à une attente, une exigence citoyenne. Il faut qu’ils prennent des engagements, actent du fait religieux à l’aune d’une logique de régulation dans les lois françaises. Pour l’instant, ça n’existe pas – en tout cas pas au point que l’on puisse s’en satisfaire. Les antinomies de principe qu’il existe entre l’islam et les fondements de la République, nécessitent l’émergence de ce contrat. La limite est simple : la liberté de croyance et de conscience est garantie par la Constitution. Cette liberté de croyance et de conscience vaut pour tous les citoyens sans exception. Lorsqu’elle va jusqu’à vers une contestation brutale de l’ordre social – dans la mesure où celui-ci est lui-même garanti par la loi et notre culture, il faut y mettre des limites. Pour mettre des limites, il y a des comportements sanctionnés par la loi pénale – on les connaît. Mais il faut aider la communauté musulmane elle-même à faire en sorte qu’elle se débarrasse des éléments perturbateurs pour le corps social – et pour les musulmans.

France Renaissance. Est-ce vraiment applicable dans un département comme celui de Mayotte, où la communauté musulmane est en claire position de force et tend à supplanter l’identité originelle des racines européennes ?

Jean-Frédéric Poisson. Je crains que cela ne le soit pas. Mais la situation de ce département doit soulever deux questions : faut-il conserver à Mayotte le statut d’un département français? Je n’en suis pas certain ! Deuxièmement, Mayotte est sans doute le signal le plus visible de l’échec de la République à définir une politique religieuse, migratoire et sociale. C’est là où cela se voit le plus, où la conjonction de ces trois phénomènes se concentre le plus. Phénomène ô combien symbolique, sur ce petit territoire. Vous avez raison, Mayotte est un trou dans la raquette au sein du dispositif que je viens de décrire. Cela n’est pas pour autant que nous devons nous empêcher de le faire ailleurs.

 

France Renaissance. Dans votre programme, vous établissez qu’il est fondamental de refonder l’Etat-Nation : « La France […] n’a plus d’Etat, même s’il lui reste une administration. Et elle n’est plus une Nation, parce qu’elle est en train de se fracturer en communautés ». Cette question du communautarisme soulève des dissensions parmi les personnalités de droite : pour Charles Beigbeder, « Les communautés sont parfaitement légitimes quand elles ne prétendent pas au monopole de représentation de l’individu et n’entrent pas en concurrence de l’identité nationale. C’est une vision individualiste de la société qui conduit certains hommes politiques à refuser leur existence, sous prétexte de lutter contre le communautarisme[2] ». Qu’en pensez-vous ?

Jean-Frédéric Poisson. Je suis assez d’accord. Personne ne peut empêcher les gens de se rassembler en raison de leur affectio societatis – comme on disait chez les anciens. On se regroupe parce qu’on vient de la même région, qu’on a la même foi, parce qu’on partage les mêmes loisirs, les mêmes passions, … On constitue au sein de la Nation des groupes qui se réunissent par affinités ; personne ne peut l’empêcher. Cela tient à la condition humaine que de considérer la vie plus facile lorsqu’elle est vécue pour une partie avec des personnes avec qui on partage l’essentiel. On ne peut aller contre cela. Seuls les révolutionnaires qui ont imaginé un monde nouveau – de droite ou de gauche (en fait, ils sont tous de gauche quand on regarde bien !) ont pu imaginer qu’on pouvait détruire les solidarités naturelles ou les affinités d’élection au nom de la Révolution ou d’un idéal plus lointain. On voit le désastre que cela a produit. Naturellement, les gens se regroupent par communautés ; rien à redire à cela…A partir du moment où la communauté en tant que telle n’entend pas faire valoir des droits spécifiques ! La communauté en tant que telle ne me dérange pas, le communautarisme me dérange. Je suis donc assez d’accord avec Charles Beigbeder.

 

France Renaissance. Vous semblez indiquer que la perte de souveraineté, l’affaiblissement de nos institutions européennes, constituent des menaces pour la France. Pour autant, vous en appelez à réforme l’Europe « pour ne pas quitter l’Union Européenne ». En quoi un « Frexit » ne serait-il pas salutaire pour conférer à nouveau aux autorités françaises le pouvoir sur leurs institutions ?

Jean-Frédéric Poisson. Il n’est pas nécessaire de quitter l’Union Européenne pour maîtriser ses institutions. La maîtrise des institutions commence par le fait de les faire fonctionner normalement en fonction de la manière dont elles sont écrites….Et on est loin du compte. Il en est de l’Europe comme de l’Etat. Elle fait des tas de choses qu’elle ne devrait pas faire parce que ce n’est pas son métier et elle ne fait pas l’essentiel de ce qu’elle devrait faire. Elle nous ennuie sur des tas de directives de la vie quotidienne. Qu’il s’agisse de mesures sur le commerce, de l’intensité des ampoules électriques, du poids des plaques de fonte, que sais-je encore ? Et elle ne protège pas nos frontières extérieures, n’a rien à dire sur la politique migratoire, ne défend pas la civilisation dont tous les pays européens sans exception sont héritiers : la civilisation chrétienne. Pour autant, j’ai conscience qu’il n’y a de plus grand intégrateur que le Christianisme : je n’ai pas peur de l’intégration. Notre socle est assez solide pour recevoir beaucoup de ramifications de nature diverse. Mais en l’occurrence, l’Europe ne fait pas son métier. Avec Maastricht, on avait promis la prospérité : elle n’est pas là. La régulation de l’endettement public ? Elle n’est pas là. La paix : elle n’est pas là. La Grèce et la Turquie sont en guerre, les anciens pays de la Yougoslavie ont été meurtries. Aucune des promesses européennes n’a été tenue. Les institutions issues de Maastricht sont un échec total. Il faut revoir la copie, tout en considérant que, dans le contexte actuel, il est inenvisageable de faire en sorte que chacun des pays protège seul ses frontières, car il n’y arrivera pas. Il y a donc un enjeu communautaire à l’extérieur de l’Europe. Il y a un deuxième enjeu : celui de la conduite en commun d’un certain nombre de projets de recherche – infrastructure, transports, circulation – que des pays seuls ne peuvent plus construire seul. Ces dispositions là, sur le modèle de ce que fait Ariane ou Airbus, sont de très belles réussites européennes. Il faut trouver d’autres domaines de ce genre, comme la protection des données informatiques, les nanotechnologies, qui sont des terrains d’expérimentation riches et que plus un seul Etat ne peut porter seul. Et devant l’agression d’autres pays sur certains de ces sujets, il est indispensable pour nous de nous protéger, de se placer dans une posture de concurrence. Il faut rester uni : c’est donc ce pourquoi je crois en la nécessité du projet européen. Mais celui-ci se doit d’être basé sur un socle civilisationnel chrétien, des enjeux de concurrence admis. En revanche, je ne crois pas à ce projet dans le contexte actuel. Je plaide pour une réforme totale de la gouvernance européenne. La gouvernance européenne étant issue de Maastricht et ses corollaires (Banque Centrale Européenne, …), je demande qu’elle soit réévaluée pour qu’elle reforme son noyau autour des objectifs que j’ai énoncés.

France Renaissance. Une telle révision pourrait-elle enterrer l’accord sur le Traité Transatlantique (TAFTA ou TTIP), sur lequel vous avez alarmé à plusieurs reprises le Parlement ?

Jean-Frédéric Poisson. Effectivement, le Tafta n’est pas autre chose qu’un blanc sein donné à la Commission Européenne pour négocier – sans rendre de compte à personne – pour le compte de chacun des Etats membres et des dispositions qui toucheront notre quotidien à tous. Mais la question doit être dédoublée : il y a le contenu du Tafta et la manière dont la conduite de l’Europe conduit à négocier le traité. La première négociation est sur le fond : je suis contre la primauté de toute négociation financière sur les relations humaines et le Tafta n’est autre qu’une logique commerciale prenant le pas sur toute négociation entre les personnes. Cela devient une espèce de tribunal suprême qui va pouvoir arbitrer au-dessus des Etats… Le Tafta, c’est la fin de la souveraineté nationale. Déjà qu’elle n’était pas bien en forme… En ce qui concerne les modalités de négociations : alors même que les chefs d’Etats indiquent qu’ils ne veulent pas voir ce traité signé dans de trop brefs délais, la Commission Européenne a réitéré son souhait la semaine dernière d’accélérer le mouvement… Il y a un moment où ça ne peut plus continuer de cette façon ! Sur ce point, le Président de la République a raison, il faut le souligner : ce traité ne peut pas être signé en l’état. Même pas après un tour supplémentaire de négociations puisqu’aucun des grands problèmes n’a été traité en réalité. Il faut arrêter tout simplement ; il faut réécrire le projet, revoir les modalités de négociations. Il faut juste que la volonté politique soit assez forte pour prendre le pas sur les outils technocratiques européens. Car ce n’est autre qu’un problème de volonté : rien n’empêche au Président de la République de dire : « la France retire son mandat de négociation à la Commission Européenne. Moi, Président de la France, je retire mon mandat de négociation ». Et puis cela s’arrête net ! Une fois encore, François Hollande ne va pas au bout de sa logique…

[1] Programme de Jean-Frédéric Poisson, « Libérer la France de mai 68 », p.4-5.

[2] Valeurs Actuelles, 19/05/16, p.18.

aloysia biessy