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Le 23 juin 2016, l’Angleterre vote sa sortie de l’Union Européenne. Après un frémissement circonspect, les places financières européennes s’activent pour détrôner Londres. Dès le 6 juillet Manuel Valls était passé à l’offensive en s’adressant aux entreprises installées au Royaume-Uni : «  C’est le moment, Paris vous accueille ». Le premier ministre faisait miroiter un cadre réglementaire et fiscal de plus en plus favorable. Quant à Gérard Mestrallet, président de Paris Europlace, il vante le potentiel d’accueil de Paris et ses «  1,2 million d’emplois directs et indirects, 300 milliards d’euros pour les entreprises l’an dernier, Paris [est la] meilleure porte d’accès aux investissements dans la zone euro ». Le « Brexit boom» succède donc au «Brexit blues», Paris déroule le « tapis bleu, blanc, rouge » pour devenir la place de repli en Europe.

  • Paris se dispute les faveurs des acteurs de la City pour devenir la première place financière d’Europe.

Malgré cette volonté affichée, Marie-Anne Barbat-Layani, directrice générale de la Fédération bancaire française regrette que Paris soit aujourd’hui « le cinquième choix des dirigeants de grandes banques après Dublin, Amsterdam-Bruxelles, Luxembourg et Francfort ». Francfort se détache du peloton de tête comme étant la principale place rivale d’Euronext. Ses atouts sont de taille depuis la fusion de sa bourse avec le London Stock Exchange (LES) et la position de la Banque centrale européenne au sein de la ville. Quoi qu’il en soit, la migration des acteurs de la City semble inéluctable puisqu’il serait « difficile d’imaginer que la plus grande plateforme de la zone euro soit dirigée d’un endroit extérieur à l’Union » ainsi que le fait remarquer Felix Hufeld, le président de la BaFin. Amsterdam est également très attractif car, comme le souligne Maurice Van Tilburg, responsable d’Euronext Amsterdam, la ville est « reconnue depuis 500 ans, très dynamique et qui accueille déjà de grands investisseurs internationaux et des entreprises mondiales ». La quête de popularité de Paris auprès des magnats de la City en recherche d’hospitalité continentale peut également être freinée par l’enclin naturel des entreprises pour le Luxembourg, qui abrite la première place boursière de la zone euro, selon Global Financial Centres. En outre, Paris n’est pas vu d’un bon œil par les investisseurs étrangers notamment britanniques qui jugent la France comme n’étant «  pas très business-friendly ». Dublin est aussi un sérieux concurrent pour Paris car il offre de nombreux avantages aux entreprises londoniennes : même langue, proximité culturelle et juridique et fiscalité low cost. Alors que quelques capitales s’imaginent déjà pouvoir régner à la place de la City, le luxembourgeois Nicolas Mackel estime que « Londres restera toujours la principale place financière en Europe, en raison de son niveau d’expertise et de son écosystème si puissant ».

Malgré tout, les dés ne sont pas tous jetés puisque selon le président d’Euronext Stéphane Boujnah, le Brexit ne peut qu’être favorable à Paris puisqu’ « il n’y a nulle part ailleurs dans la zone euro une telle présence de grands clients industriels, d’établissements financiers puissants de taille mondiale, de concentration de talents liés à la pratique des mathématiques appliqués à la finance, d’infrastructures uniques de connexion avec l’Europe et toute la planète ». Cet optimiste encourageant ferait presque oublier que la capitale française reste dans l’ombre de « la mégalopole britannique, considérée comme plus puissante et plus mondiale encore que New York, sa seule et vraie rivale ». En effet, l’industrie financière londonienne représente 360.000 salariés contre 145.000 à Paris et gère 20% des hedge funds de la planète et plus des trois quarts de ceux implantés en Europe. Elle est également le premier hub financier mondial. Elle est aussi riche de  « l’essentiel des équipes européennes des grands cabinets d’avocats d’affaires mondiaux ». D’autre part, malgré la volonté de Paris de se rendre attractive, sur le terrain fiscal, la capitale française reste largement distancée par Londres avec un impôt sur les sociétés à hauteur de 33,3% alors qu’à Londres les entreprises sont taxées à 20%.

  • Deux stratégies pour tirer parti du Brexit

Amie du nouveau maire de Londres Sadiq Khan, la maire de Paris, Anne Hidalgo veut instaurer des relations amicales avec son homologue d’outre-manche : « la rivalité, la compétition, ça peut être très sain, mais on peut également monter des partenariats dans lesquels tout le monde est gagnant ». Valérie Pécresse, en tant que présidente de l’île de France, se veut plus offensive puisqu’elle souligne présider une « région dans laquelle il y a 700.000 chômeurs ». Son « obligation est d’aller chercher l’emploi avec les dents ». Pour cela, Valérie Pécresse veut surtout convaincre l’exécutif de revoir les régimes des  « impatriés ». « Actuellement, un salarié français, ou étranger, qui résidait fiscalement hors de France, depuis au moins cinq ans bénéficie, lors de son arrivée dans l’Hexagone, d’une exonération partielle d’impôts pendant 5 ans. Manuel Valls a promis son allongement ainsi que la baisse de l’impôt sur les sociétés pour faire de Paris « la capitale de la smart finance ». L’élue socialiste quant à elle préfère insister sur la coopération avec Londres en promouvant «  la bidomiciliation aux jeunes pousses françaises et britanniques ». Le partenariat que tente d’impulser Anne Hidalgo se construirait autour d’un accès à des structures d’incubation communes pour les start-up, des espaces de « coworking » ainsi que des aides au logement et aux transports.

En somme, Paris poursuit donc son offensive pour triompher de ses rivales européennes.

 

Sources : Challenge 15 septembre 2016

 

aloysia biessy