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Avec une population de près de 83 900 000 habitants, l’Égypte compte 5% de Chrétiens. Avec environ 4 195 000 chrétiens coptes, ce pays est l’une des plus grandes communautés chrétiennes du monde arabe. La plupart d’entre eux sont localisés en Haute-Egypte et au Caire. Avec les renversements du président Moubarak puis de Mohamed Morsi (président élu et issu des Frères Musulmans) en juin / juillet 2013, une certaine instabilité politique s’est installée en Égypte. Malgré l’élection du Président Abdel Fatah Al-Sissi, depuis 2014, les problèmes de sécurité et économiques continuent. Et avec la montée des groupes islamistes alliés à l’État islamique dans la péninsule du Sinaï, les chrétiens sont confrontés à des menaces graves.

De la liberté religieuse en Egypte 

En janvier 2014, la révision de la Constitution, adoptée par référendum à 98%, a vu l’émergence d’un nouveau cadre législatif concernant la liberté de l’exercice du culte. En dépit de la conservation de la charia comme base de la législation, les Chrétiens se sont avérés favorables à son égard : « Le plus important, c’est le nouvel article 3[1] qui garantit aux chrétiens et aux juifs leur autonomie en matière d’état civil et des affaires intérieures de l’église », a souligné l’évêque copte catholique d’Assiout, Kyrill William à l’Aide à l’Eglise en Détresse. Les principes de la charia sont toutefois modulés selon l’interprétation faite de la jurisprudence de la Haute Cour Constitutionnelle. L’article 53 et 64 rappellent quant à eux qu’il ne peut être fait de discrimination à l’encontre d’un citoyen égyptien quelle que soit sa croyance et que la liberté de croyance est absolue. Si un parti politique ne peut se former en ayant pour seul présupposé son caractère religieux, la Chambre des Représentants doit compter une part de Chrétiens. Le discours du Président Al-Sissi a suscité l’adéquation de l’Eglise copte (évêque catholique Antonios Aziz Mina) en ce qu’il était annonciateur d’une certaine sauvegarde de l’unité nationale. Monseigneur Adel Zaky, chef des Catholiques romains d’Égypte a même déclaré : « Sissi est l’homme de la situation. Sa victoire donne, à nous chrétiens, la sécurité ainsi qu’une perspective pour l’avenir. Des temps plus favorables sont à l’horizon ».

Les attaques à l’encontre des chrétiens coptes

  • Répressions financières

Malgré ces protections législatives relatives, les coptes font l’objet d’attaques. En septembre 2014, un dentiste copte était assassiné dans la province d’Assiout, après avoir été enlevé vraisemblablement dans le but d’obtenir une rançon. Le fondateur du Parti Populaire, et membre de l’Union de la jeunesse de Maspero, le copte Mina Thabet, soulignait également les proportions alarmantes que prenaient les rançons demandées à l’issue des enlèvements de chrétiens depuis janvier 2011. En décembre 2014, il annonçait que la somme totale accumulée atteignait 120 millions de livres égyptiennes, soit 16 millions d’euros. La corruption serait selon lui l’origine du silence systématique de la police sur ces questions, tout comme l’absence de répressions à l’égard des rançonneurs serait le fruit d’une protection législative à sens unique.

La même année, un mois plus tard, quelques membres de familles coptes se sont vus contraints de s’enfermer pour éviter les répressions d’un clan de musulman qui les accusait de n’avoir pas payé le tribut nécessaire à leur maintien sur le territoire. Une plainte du réseau copte Watani en a fait état à la police qui est restée sourde à leurs appels. Cette question des tributs constitue une source d’inquiétude en ce qu’elle se propage dans les régions du Haut-Nil, notamment autour d’Assiout.

  • Atteinte aux lieux de culte et à l’intégrité physique des croyants

Les chrétiens coptes ont également fait l’objet d’atteinte à leurs lieux de culte et à leur intégrité physique. D’abord en août 2013, à l’issue des émeutes politiques, durant lesquelles 80 institutions et lieux de culte ont été attaqué et dévasté par des individus proches des Frères Musulmans et des Salafistes. En janvier 2016, le Président Al-Sissi a présenté ses excuses à l’Eglise pour n’avoir pas procédé à leur réparation de manière plus diligente.

En janvier 2015, on comptait au moins trois chrétiens parmi les victimes des affrontements du Caire, dont un enfant âgé de 10 ans. Ces affrontements, qui se sont opérés dans le cadre du quatrième anniversaire de la fin du régime du président Moubarak, auraient délibérément visés les Chrétiens, puisque certaines sources locales soulignent que l’église de Saint-Raphaël-Archange de Maadi était ciblée par les tirs qui ont donné lieu, ce soir-là, à la mort de 18 personnes et ont produit 50 blessés. De même, en mars 2015, l’église copte catholique de Kafr-el Dawar a fait l’objet d’attaques à l’explosif à l’aube, blessant au passage deux policiers gardiens des lieux saints. En avril 2015, 70 personnes ont été condamné à de la prison à vie pour avoir brûlé l’église du village de Karf Hakim près du Caire. En novembre de la même année, des hommes en moto avaient attaqué dans le quartier de Gizeh, au Caire, des membres des forces de sécurité qui gardaient les lieux de culte chrétien. En janvier 2016, dans le village d’Abou Hennis, 10 coptes se sont vu arrêtés pour n’avoir pas présenté des autorisations légales leur permettant de construire le mur d’une église copte. Enfin, en mai 2016, l’église de Saint Marie du village d’Esmaelia al-Bahreia a été brûlée par des « extrémistes ».

  • Les meurtres de l’Etat islamique

L’Etat islamique s’en est pris à plusieurs reprises à la vie des chrétiens coptes. En janvier 2015, c’était 21 coptes égyptiens qui perdaient la vie, sauvagement assassinés par décapitation. En signe de répression, l’aviation égyptienne avait alors bombardé des positions stratégiques du groupe islamiste en Lybie (Derna). Sept jours de deuil ont également été annoncés par la présidence.

Le dimanche 11 décembre 2016, c’était au tour de l’église Saint-Pierre-et-Saint-Paul du Caire   d’être touchée dans un attentat à la bombe, qui a provoqué 24 morts et plusieurs dizaines de blessés. L’attentat, survenu en pleine messe, a surtout touché les femmes et les enfants et a été revendiqué par le groupe Etat Islamique. Dans le giron de la Cathédrale Morcossiya du Caire, siège papal vénéré par les quelque neuf millions de coptes d’Egypte et les deux millions de la diaspora, cet atteinte à la vie des fidèles constitue une attaque contre la chrétienté. Les autorités égyptiennes craignent de nouvelles attaques à venir d’ici les fêtes de Noël et le Nouvel An.

Source : Rapport 2016, La liberté religieuse dans le monde, AED, 2016, p. 12.

[1] « Les principes des lois religieuses des Egyptiens chrétiens et juifs sont la principale source des législations qui régissent leur statut personnel, leurs affaires religieuses et le choix de leurs dirigeants spirituels ».

aloysia biessy