Tsipras

Il n’aura pas fallu beaucoup de temps pour se rendre compte de l’imposture que représente le parti d’extrême-gauche Syriza arrivé au pouvoir en Grèce le 25 janvier dernier. Le premier ministre Tsipras nous avait promis du sang, de la sueur et des larmes sur la scène européenne. Aujourd’hui, il ne reste plus rien de ses belles promesses. Non seulement il a tout cédé à Bruxelles, mais en plus il menace de se conduire en chef d’état voyou.

 

Un bluff de courte durée :

Grosse désillusion en vue pour le peuple grec qui a fondé beaucoup d’espoir dans le nouveau gouvernement et ses promesses de campagne dont aucune ne sera tenue.

Les effets de manche du premier ministre d’extrême-gauche Alexis Tsipras n’auront duré qu’un temps. L’homme qui refusait le diktat de Bruxelles a dû se rendre à l’évidence : face à la Commission européenne, la BCE et le FMI, il n’a pas fait le poids. En février, moins d’un mois seulement après l’arrivée de Syriza au pouvoir, la Grèce s’est engagée par écrit à rembourser l’intégralité de la dette, se chiffrant à 320 milliards d’euros.

Elle a globalement accepté de compléter la restructuration entreprise avec l’aide de la Troïka. Celle-ci repose sur un soutien financier via des taux à intérêts très bas en échange de réformes structurelles. Syriza avait fait campagne contre le « memorandum » – du nom du programme négocié entre la Grèce, la Commission Européenne, la BCE et le FMI – et pour mettre fin au plan de sauvetage qu’il détaillait.

Tsipras déclarait encore une semaine avant que ce plan était “fini” et que la Grèce n’accepterait plus d’argent de ses créditeurs. La faillite inéluctable qui pointait à l’horizon en cas d’échec hier a eu raison du démagogue d’extrême-gauche.

Le FMI continuera à influer sur l’économie grecque. Le gouvernement grec ne devra prendre aucune initiative unilatérale. C’est-à-dire qu’il accepte de ne pas voter de lois sans l’aval des capitales européennes d’ici à juin. Les fonds de recapitalisation des banques grecques demeurent sous contrôle européen.

En réalité, ce revirement de la part du chef de gouvernement grec n’étonnera que les naïfs. Un article de Libération en date du 24 janvier :

« Syriza s’est trouvé un allié inattendu : le vénérable Financial Times (FT), le journal préféré des traders de Londres et de Francfort, a publié en quelques semaines une myriade de tribunes donnant la parole aux principaux représentants de ce parti […] mais aussi à des intervenants extérieurs qui plaident en faveur des positions de la gauche radicale grecque. Dernière publication marquante en date, l’appel de quinze économistes réputés, dont le titre annonce le contenu : “Donnez une chance à la Grèce”, enjoignent-ils, se prononçant pour un allègement de la dette. Un thème qui se trouve au cœur du programme de Syriza, qui a promis de renégocier avec Bruxelles et le Fonds monétaire international le fardeau de la dette et les mesures d’austérité dont l’efficacité est désormais largement questionnée. »

Cette alliance avec les milieux financiers fait suite aux multiples signes d’allégeance que Syriza a manifesté auprès d’eux. Quelques mois avant ces élections législatives, Yiannis Milios et Giorgos Stathakis, les penseurs du volet économique du parti de la gauche radicale, se rendaient en toute discrétion à Londres afin de rassurer la City lors d’une rencontre avec les représentants de 35 banques et fonds spéculatifs, parmi lesquels Merrill Lynch Bank of America ou encore Goldman Sachs.

 

Des menaces graves à l’encontre des pays membres de l’UE :

Coincé entre ses promesses électorales et son désir de rester dans l’Europe, et dans l’euro, le gouvernement grec est aux abois. Mais cela n’excuse pas pour autant le chantage exercé par le ministre des Affaires étrangères Nikos Kotzias et aggravé une semaine plus tard par son collègue à la Défense, Panos Kamménos, lequel, dans une déclaration du 9 mars au quotidien italien La Repubblica, a annoncé son intention « d’inonder l’Europe de migrants » si Bruxelles ne trouvait pas rapidement une solution à la crise de la dette grecque. Et le ministre Kammenos d’expliciter avec cynisme : « On distribuera aux migrants des papiers valides qui leur permettront de circuler dans l’espace Schengen. Ainsi, la marée humaine pourra se rendre sans problèmes à Berlin. Et tant mieux si, parmi ces migrants, se trouvent des djihadistes de l’Etat islamique. (…) Si l’Eurogroupe nous cherche des ennuis, nous frapperons à notre tour. »

A noter que Kammenos n’est pas d’ultra-gauche comme ses partenaires Tsipras et Varoufakis : il préside le parti AN-EL, catalogué nationaliste pour son refus de l’immigration et du multiculturalisme. Mais qu’une immigration galopante (+ 153 % d’immigrés en plus en un an) déstabilise toute l’Europe ne le préoccupe d’aucune façon.

La Grèce n’en est pas à son coup d’essai en proférant ainsi cette menace. Le gouvernement d’extrême-gauche poursuit la stratégie menée par le précédent gouvernement, celui du conservateur Antonis Samaras qui, à la veille des dernières législatives qu’il devait d’ailleurs perdre, avait proposé un deal aux sans-papiers, notamment syriens, ayant déferlé sur la Grèce : en échange de « tuyaux » sur les réseaux de passeurs, il les régularisait, leur ouvrant ainsi automatiquement l’espace Schengen et la possibilité de demander l’asile politique dans le pays de leur choix, généralement la France, l’Allemagne, la Suède ou le Danemark, nettement plus riches que la Grèce (qui exclut en outre le regroupement familial). Certes, les règles de Schengen prévoient le droit pour les pays ainsi assaillis de renvoyer les indésirables vers la nation qui les a la première accueillis mais, justement, pour ne pas aggraver la situation du gouvernement grec, les membres de l’Union avaient accepté, en 2011, de suspendre cette règle automatique. Et ils sont donc désormais tenus d’accepter les migrants – y compris des djihadistes de l’Etat islamique – ayant transité par Athènes, mais arrivés sur leur sol.

 

Les grands perdants dans l’histoire sont les grecs qui voient leurs espoirs de retrouver leur souveraineté s’envoler. Mais même si leur sort nous préoccupe, il est temps de prendre la mesure du danger que représente l’espace Schengen pour l’Europe, et surtout la France. Pour rappel, l’Institut France Renaissance mettait déjà en garde des conséquences de l’arrivée de l’extrême gauche au pouvoir en Grèce dans sa note du 28 janvier. Les faits nous donnent aujourd’hui raison.

 

Rédacteur Web