Droite

L’UMP savoure sa victoire. Le parti de l’opposition repris par Nicolas Sarkozy se félicite d’avoir remporté une soixantaine de départements dimanche, en en ayant fait basculer une quinzaine à droite. Le Parti socialiste, en net recul, paye sa gestion au niveau national, mais arrive malgré tout à conserver une trentaine de départements. Le Front National semble le grand perdant de ce scrutin, puisqu’il n’en a remporté aucun. Mais la réalité est un peu plus complexe que cela, n’en déplaise à certains cadres de la rue de Vaugirard qui se refusent encore et toujours à analyser plus loin que l’apparence des gros scores.

Virage à droite toute :

Les Français ont massivement sanctionné la politique du gouvernement. Des bastions socialistes historiques sont tombés dimanche comme le Nord, la Corrèze ou encore l’Essonne. La gestion socialiste à base de clientélisme, de gabegies, de favorisation du communautarisme, de distribution de subventions inutiles, a décillé les électeurs qui ont compris qu’il n’était plus possible de poursuivre sur cette voie décliniste. Le PS paye la politique des copains et des coquins, éloignée du peuple. Il paye la politique libérale de Valls et de Macron, dont l’agenda est dicté par Bruxelles, au détriment du peuple. Il paye une fiscalité délirante dépourvue de contreparties : déserts ruraux, services publics et hôpitaux qui ferment… En revanche, associations néfastes (SOS Racisme, centres LGBT…) et projets culturels délirants sont florissants quand la gauche est aux commandes.

Pour toutes ces raisons, les électeurs ont choisi l’alternance dans la plupart des départements. Le bloc de droite totalise près de 7 millions de voix, et le Front National, un peu plus de 4 millions sur sa seule étiquette. Pourtant, malgré cette droitisation évidente de la société, l’état-major de l’UMP persiste à rejeter l’idée d’une union des droites au niveau local, au mépris des remontées du terrain. Nicolas Sarkozy a été clair : « tout responsable UMP qui conclura un accord avec le Front National sera immédiatement exclu. » François Fillon a confirmé ce désir d’exclusion. Ce qui ne laisse d’autres choix aux élus de se tourner à gauche s’ils ne veulent pas signer leur mort politique et sociale. Or, prévient-on dans les circonscriptions, cette consigne est dépourvue de sens. Par exemple, Hervé de Lépinau, élu de Carpentras explique que si l’UMP « dealait avec le PS et les communistes, les électeurs ne comprendraient pas ». Le maire de Pertuis, Roger Pellenc, a lui déjà annoncé qu’il soutiendrait « toute majorité qui pourrait empêcher les socialistes de gagner » et Julien Aubert, député UMP du Vaucluse semble favorable à une Union des droites avec la Ligue du Sud pour éviter un président socialiste dans un département qui a massivement voté à droite.

Dans le Gard ou le Pas-de-Calais, seule une union des droites peut faire barrage à l’union des gauches (communistes inclus) et les placer dans l’opposition. La gestion locale des départements n’a rien à voir avec la politique nationale. Il serait bon que les apparatchiks de la rue de Vaugirard cessent leur tambouille politicienne et respectent le principe de subsidiarité, sous peine de le payer très cher.

Le scrutin majoritaire, une aberration de plus en plus flagrante :

Michel Onfray, que l’on peut difficilement accuser d’accointances avec l’extrême droite, s’est malgré tout indigné de l’absence de représentativité du FN dans le jeu politique actuel à l’antenne de RTS : « Je ne suis pas un défenseur du Front National, mais de la démocratie. Quand cinq millions de gens se sont manifestés en faveur du Front National, c’est étonnant qu’il ne soit pas représenté ; pas plus qu’à l’Assemblée nationale où ses deux députés ne sont pas en rapport avec sa puissance. » Et de déplorer qu’ « en France, si on défend la démocratie concrètement, on est présenté comme un suppôt de l’extrême droite. » Le philosophe a ajouté qu’il « faut cesser d’utiliser les termes “extrême droite” pour désigner le Front National. Car « l’extrême droite est dans une logique paramilitaire, elle ne reconnaît pas la démocratie, ne se présente pas aux élections… »

Ce qui n’empêche pas l’UMP de tomber dans le piège moralisateur des socialistes qui eux n’hésitent pas à s’associer avec les gauches les plus extrêmes pourvus que ça leur permette de conserver leurs maroquins. Cette gauche extrême qui d’ailleurs obtient trois fois plus d’élus que le Front National : 167 conseillers départementaux pour le PCF quand le FN en obtenait 62. Sauf que l’un ne pèse que 1,3% au niveau national, alors que la droite nationale représente plus d’un quart du corps électoral, voire même 40% en moyenne si on ne regarde que les cantons dans lesquels elle s’est maintenue au second tour.

L’hebdomadaire Marianne, difficilement classable à droite, s’est lui aussi étonné de ce mode de scrutin. « On comprend mieux, ainsi, pourquoi le Front national milite pour l’instauration de la proportionnelle… Par exemple, en Moselle, le FN fait 34,98% des voix (alors qu’aucun autre parti ne dépasse les 19%) et n’obtient pourtant aucun siège. Le PS obtient 16,81% des suffrages et, lui, s’en tire avec 14 sièges… » Il en est de même dans les Bouches-du-Rhône ou encore dans le Vaucluse…

 

Pour toutes ces raisons, l’UMP qui persiste à ménager la sensibilité de l’UDI et du Modem, qui penchent fortement à gauche, se trompe de stratégie et n’a toujours rien compris de l’attente de sa base électorale et des Français en général. Si NKM, Alain Juppé, François Fillon et Nicolas Sarkozy poursuivent dans cette voie de mépris et de stigmatisation de ceux qui se considèrent dans le premier parti de France, ils le paieront chers au prochain scrutin, celui des régionales, qui lui sera proportionnel. Marine Le Pen n’a pas manqué de le souligner : « Il y aura deux possibilités lorsque nous (NDLR : le FN) arriverons en tête. Soit ils (UMP et PS) fusionnent au second tour, ce qui serait mortel dans l’esprit des Français pour la présidentielle. Soit l’un se retire au bénéfice de l’autre, et c’est la disparition totale d’une étiquette politique dans la région concernée. » L’échéance est dans six mois. Il va falloir décider de la stratégie rapidement. Question de survie.

 

Rédacteur Web