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« Intifada parisienne », « guérilla urbaine », « pogrom anti juifs », les formulations n’ont pas manqué pour qualifier les véritables émeutes qui ont eu lieu en France, en plein Paris à Barbès samedi et à Sarcelles dimanche. Conséquence de l’intervention militaire israélienne à Gaza, le conflit du Proche-Orient s’est une nouvelle fois délocalisé en France de façon effrayante. S’il est vrai que certains « manifestants » s’en prenaient directement aux juifs d’Israël et de France et à leurs lieux de culte, comme on a pu le voir dès le 13 juillet, avec des provocations et affrontements des deux « camps », les manifestations de ce week-end ont largement dépassé le conflit israélo-palestinien. L’interdiction des deux manifestations a entrainé une réaction dirigée contre la République et l’Etat, et leurs représentants directs (forces de l’ordre, pompiers). La décision d’interdiction de la manifestation, véritable aveu d’impuissance de la part de l’Etat, a attisé les tensions. Le peu d’interpellations face à un phénomène d’une rare violence interroge.

L’interdiction des manifestations ; un aveu d’impuissance

Les bombardements israéliens sur la bande de Gaza, en représailles aux tirs de roquettes du Hamas, puis l’intervention terrestre de Tsahal, a créé de grands remous dans la communauté internationale et des protestations dans la communauté musulmane de France notamment. Dimanche 13 juillet une première manifestation de soutien au peuple palestinien s’est organisée à Paris. Une partie du cortège s’est rapproché de synagogues après des provocations des deux camps et la journée s’est terminée dans des affrontements inadmissibles entre des « pro-palestiniens » et des membres de la Ligue de défense juive (association interdite en Israël et aux Etats-Unis).

Suite à ces débordements, les manifestations qui devaient avoir lieu à Paris le samedi 19 juillet et à Sarcelles le 20 juillet ont été interdites pour éviter tous débordements, et c’est bien là le problème. En interdisant ces manifestations, les autorités ont accentué le possible débordement et ont envoyé un message d’impuissance aux « casseurs » et autres manifestants. En effet, alors que les deux manifestations interdites ont dégénérées, celles autorisées dans les autres villes se sont déroulées dans le calme.

Avec cette décision le gouvernement a pris un risque, celui de conforter les manifestants dans « l’idée qu’il soutient exclusivement Israël », idée développée suite aux déclarations au mieux maladroites du président Hollande rompant avec l’équilibre traditionnel de la diplomatie française. Surtout au lieu d’apaiser, cette interdiction a attisé les tensions. L’État aurait dû affirmer son autorité en encadrant sérieusement cette manifestation, en l’interdisant il a rendu les armes.

Peu d’interpellations pour une violence inouïe

Si la manifestation était interdite, selon le cabinet du préfet « les ordres étaient d’accepter un rassemblement mais pas un défilé ». Alors que la foule grandit, allant jusqu’à 3000 personnes à 15h30, les premières échauffourées éclatent avec destructions, jets de briques et de bouteilles sur les policiers qui ne reçoivent l’autorisation d’interpeller les casseurs qu’à 16h     (selon le syndicat alliance). Le quartier est alors livré à une émeute avec jet de pierre, de mobilier urbain et mise à feu de véhicules de la police et de la RATP. Des magasins juifs ont été mis à sac, des banques attaquées. 1500 membres des forces de l’ordre ont été nécessaires pour disperser les émeutiers avec la mobilisation rarissime des Brigades anti criminalité (Bac) du 93 et 94 appelées en renfort.

Les autorités ont donc laissé s’étendre une émeute qui était prévisible en plein cœur de Paris et qui, dépassant le conflit israélo-palestinien, s’est transformée en défiance de l’Etat. Les forces de l’ordre, dont 13 policiers ont été blessés dans les affrontements, n’ont procédé à l’arrestation que de quarante et un de ces présumés émeutiers ce qui a conduit à seulement dix-neuf gardes à vues pour violences aggravées (en réunion ou avec arme) sur personne dépositaire de l’autorité publique, outrages, rébellion, dégradations aggravées ou participation à un attroupement. Lorsque l’on se souvient des arrestations et placements en garde à vue par centaines de manifestants contre la loi sur le « mariage et l’adoption pour tous » en 2013, on peut s’interroger sur la faible efficacité des forces de l’ordre face à de vrais casseurs.

Réactions de la classe politique; entre indignation et incompréhension

Si toute la classe politique s’accorde pour condamner des « actes graves, intolérables », et des « violences antisémites » (Manuel Valls), des interrogations sont posées sur le bienfait de l’interdiction de ces manifestations, sur la tardive réaction du ministre de l’Intérieur et la journée de « vacances » du Premier ministre alors que les violences étaient attendues et sur le manque d’anticipation des incidents, alors que la Préfecture de Paris estime avoir « rempli [ses] objectifs », déclarant que « la seule responsabilité incombe aux organisateurs de cette manifestation qui pourront être poursuivis en justice pour avoir bravé l’interdiction ». Le Nouveau parti anticapitaliste avait d’ailleurs appelé à rejoindre la manifestation alors qu’elle était déjà interdite.

Yves Jégo, UDI s’est interrogé sur l’interdiction, estimant que  le gouvernement « a fait une forme de provocation » et n’a pas « su affirmer l’autorité de l’État », avis partagé par Pierre-Yves Bournazel, UMP, se demandant « Pourquoi ne pas l’avoir autorisée? Et ainsi pouvoir l’encadrer ». Certains élus socialistes s’accordent sur ce point de vue, comme Razzi Hammadi qui estime que « l’interdiction est venue nourrir une certaine radicalité ». Florian Philippot, FN, estime qu’interdire c’était « inciter à défier l’Etat ».

Le député UMP Guillaume Larrivé, considérant que « l’autorité de l’État est défiée par des voyous et des islamistes» a demandé une réaction « avec la plus grande fermeté » du gouvernement qui doit « expulser en urgence » toute personne de nationalité étrangère ayant pris part aux manifestations.

France Renaissance

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