W du dimanche

Le travail du dimanche un problème économique ?

Le projet de loi Macron est présenté ce mercredi 10 décembre 2014 au conseil des ministres. Dans ce projet le gouvernement veut notamment procéder à l’extension des dérogations pour le travail dominical sous prétexte que cet accroissement de possibilités permettrait une augmentation de la création de richesse. Les commerces pourraient ouvrir jusqu’à douze dimanches par an dont cinq sans déclaration préalable. Mais cette proposition, loin de faire l’unanimité est particulièrement contestable, et notamment sur le plan économique.

Une logique naturelle.

 Le cœur a ses raisons que la raison ne connait pas. C’est en l’occurrence la même situation qui se présente pour le travail du dimanche. Il peut nous sembler naturel qu’une autorisation accrue d’ouverture le dimanche permette un gain substantiel de croissance.  Cette vision semble logique en surface. Puisque permettre aux personnes concernées de travailler et aux autres de consommer est logique, avec l’idée d’accroissement de l’activité économique.

Cependant la réalité semble, au contraire, à l’opposé de cette logique économique.

Une logique à nuancer.

Il faut tout d’abord rappeler le nombre de personnes concernées par ces mesures.

  1. Le commerce de détail emploie environ 1,8 millions de personnes, parmi lesquelles 13% travaillent habituellement le dimanche et 24% occasionnellement.
  2. Les effectifs du secteur comprennent environ 300 000 commerçants indépendants non-salariés qui peuvent réglementairement travailler le dimanche

De plus le pouvoir d’achat des Français n’est pas extensible et le commerce se fait en fonction de ce revenu disponible. Celui-ci étant limité, l’élargissement des jours d’ouverture procédera à une simple réaffectation des achats dans la semaine. Aussi nous pouvons nous interroger sur la pertinence de cette ouverture en dehors des zones touristiques.

Ainsi, pour le ministre Emmanuel Macron, l’ouverture des commerces permettra aux travailleurs concernés des gains substantiels pour leur salaire, ainsi que la création de nouveaux emplois. Cependant l’étude du CREDOC vient contredire cette vision optimiste.

 Trois étages répartition revenus

L’étude du Credoc conclut : « Cet effet est négatif ou, au mieux, nul sur l’emploi, car il traduit un transfert d’activités vers les formes de commerce les plus productives. »

 

Dans une période où le débat portait davantage sur la rivalité entre les grandes surfaces et le commerce de centre-ville, François Taddéi [1992] rappelait que « […] les grandes surfaces concernées ont une productivité du travail au moins double de celles de leurs concurrents. Dès lors, à chaque fois que l’effet de cannibalisme leur permet de financer un emploi, il en fait perdre deux dans le reste de la branche ».

Et « Si les données du problème ont foncièrement changé, car la question concerne aujourd’hui davantage le commerce non-alimentaire, la nature de la relation entre un transfert d’activité vers des formes productives et le niveau de l’emploi n’a pas de raison d’être inversée. L’effet de cannibalisme est généralement négatif.»

L’étude conclut également qu’une ouverture le dimanche, du fait de l’effet cannibalisme, conduirait pour les commerces alimentaire à :

  • une perte de 6800 emplois dans les petits commerces de proximité en retenant un scénario minorant ;
  • et d’une perte de 16200 emplois dans les commerces de proximité, en retenant un scénario majorant l’effet.

Une logique mortifère

Ainsi, contredisant cette logique mortifère, cette étude démontre que cette autorisation ne sera pas bénéfique pour le pays.

Le pouvoir d’achat n’étant pas extensible, nous n’assisterons pas à une augmentation de la consommation mais bien à un transfert de cette consommation sur un autre jour, avec pour effet une perte d’emploi dans les petits commerces.

Ces argument ont été corroborés par le PDG de Bricorama ayant expérimenté le travail du dimanche qui a expliqué que les objectifs n’ont pas été atteints.

Selon Eric Scherrer, du comité de liaison intersyndical du commerce de Paris, « L’enseigne ne fait pas plus de chiffre d’affaires, ni de recrutement, mais a plus de frais, depuis l’ouverture de ses magasins le dimanche en mars. Cela ne dope ni l’emploi ni la croissance ».

Ainsi l’ouverture conduirait à :

  • une perte d’emplois dans le commerce alimentaire ;
  • aucune hausse de consommation, mais simplement à une cannibalisation du dimanche sur les autres jours de la semaine.
  • Une ouverture généralisée des commerces au nom de l’égalité. C’est d’ailleurs la demande de Nathalie Kosciusko-Morizet qui a demandéune « liberté totale d’ouverture des commerces le dimanche à Paris ».

 

 

Rédacteur Web