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Benjamin Dormann, ancien journaliste dans la presse financière et trésorier d’un parti politique, est associé d’un cabinet de consultants indépendants, spécialisé en gestion de risques et en crédit aux entreprises. Son livre, Ils ont acheté la presse (13.01.2015) est une enquête sur le monde journalistique français. L’ouvrage a fait l’objet d’une réédition augmentée il y a peu.

 

France Renaissance. Dans Ils ont acheté la presse, vous évoquez l’état de la presse française actuelle. « Dans les autres pays du monde, la presse d’information générale vit essentiellement de deux ressources : ses lecteurs et la publicité. Mais en France, les grands médias vivent essentiellement des subventions de l’état et les apports répétés de ses actionnaires pour éponger ses pertes récurrentes ». Pensez-vous que ce paradigme emprisonne la presse dans un propos essentiellement idéologique ?

 

Benjamin Dormann. Bien sûr. Cela fait des années que nous avons une presse d’information entre les mains d’une caste, satisfaite d’elle-même, qui a choisi de militer plutôt que d’informer. Elle considère représenter le camp du bien, et se croit missionnée pour éduquer un peuple inculte, raciste et bêtement nationaliste.

 

Le pire est l’incapacité de cette profession à se remettre en cause. Les lecteurs les ont quittés, les auditeurs changent de chaines,… Qu’importe, on ne change pas une équipe qui perd. Les débats sur la presse se poursuivent entre copains journalistes, tels d’aimables conversations impréparés de café du commerce.

 

Et lorsqu’un livre critique leurs mensonges, de manière très argumentée, telle mon enquête qui représente deux ans de travail, ils le boycottent, refusent le débat et me poursuivent, par avocat interposé, pour l’atteinte à leur image.. Quelle image ? Ils sont, dans les sondages d’opinion, considérés comme pire que les banquiers, tout en bas de l’échelle, au niveau des hommes politiques. Qu’importe. Ils ont toujours une partie de pouvoir, et s’y accrochent comme des morts de faim. Ce pouvoir les intéresse bien plus que la vérité du pays.

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France Renaissance. Vous souligniez également que les « financiers de gauche » ont investi certains organes de presse (Le Monde, le Nouvel Observateur). Qui sont ces actionnaires qui dictent la ligne de conduite de la grande presse ?

 

Benjamin Dormann. Vous les connaissez. Ils ne peuvent plus avancer masqués : les Pigasse, Bergé, Niel, Olivennes et d’autres investisseurs de presse de gauche, tel Drahi, nouveau propriétaire de Libération. Du moins, vous croyez les connaitre. Car l’une de leurs premières caractéristiques est qu’ils contrôlent parfaitement ce qui se dit d’eux, le « story telling », comme disent les scénaristes, et qu’il est rare de pouvoir accéder à leur part d’ombre.

 

Mon enquête « Ils ont acheté la presse » est l’occasion de lire ce que bientôt vous n’apprendrez plus nulle part ailleurs, par exemple sur Pierre Bergé, Denis Olivennes, Anne Sinclair,… ou même Edwy Plenel. D’ici peu, hélas, il n’y aura plus un seul éditeur indépendant prêt à supporter pareil niveau de menaces juridiques, représailles financières, boycott médiatique,…

 

 

 

France Renaissance. Au regard de vos remarques, il est légitime de se demander s’il existe une presse neutre en France… Toute la grande presse est-elle donc soumise à ces intermédiaires ou existe-t-il encore quelques parutions délivrant une information objective ?

 

Benjamin Dormann Il est toujours difficile, voire dangereux, de s’autodéclarer « objectif ». Mais ce que chacun peut constater c’est qu’il existe de moins au moins de débats possibles sur des opinions divergentes. A l’image de l’élection de Donald Trump aux USA, qui, pour parler franglais et je vous prie de m’en excuser, n’était « pas une option » pour notre presse mondialisée, qu’elle soit ici ou là-bas.

 

La bonne nouvelle, c’est que les pouvoirs qui ont essayé de contrôler Internet et les réseaux sociaux ou échoué. Il reste là un formidable espace de liberté, d’échanges et de débats, de même que dans quelques bonnes feuilles «spécialisées » ou «locales ». Certains exaspérés estiment parfois qu’on ne vit pas en démocratie médiatique, mais en dictature. Ce n’est Dieu merci pas le cas, sans quoi les Bobard d’Or ne pourraient même pas se tenir.

 

 

France Renaissance. Est-ce à l’issu du constat de dégradation de l’information que vous avez décidé d’intervenir en tant que membre du jury à la huitième cérémonie des Bobards d’Or[1], qui se tiendra le 6 février ?

 

Benjamin Dormann Oui, à l’image de la dénonciation de l’ultra-capitalisme par le film plein de finesse et d’humour « Merci Patron », il me semble que la dénonciation par le rire est une bonne méthode. Faute d’avoir les leviers du pouvoir pour améliorer le monde, alors il est encore possible de faire circuler de la ré-information, en suivant le vieil adage « mieux vaut en rire que d’en pleurer » !

 

 

France Renaissance. Désinformation sur les vagues migratoires ; minoration du nombre de manifestants aux réunions déplaisantes pour les adeptes de la pensée unique ; camion fou et déséquilibré pour seules justification des actes terroristes islamistes,… Les candidats de cette année laissent rêveurs[2]. L’un d’entre eux a-t-il votre préférence ?

 

Benjamin Dormann Oui. Le Bobard Belkacem sur la théorie du genre a ma préférence, de loin. Il touche à la définition même de l’être humain et à son anthropologie. L’école n’est pas seule menacée par cette idéologie dévastatrice. Ce sont tous nos textes de loi qui sont progressivement modifiés pour intégrer cette opinion délirante, ultra minoritaire dans les communautés scientifiques et médicales : le sexe est social, et non biologique.

 

[1] La cérémonie des Bobards aura lieu le 6 février, Théâtre du Gymnase Marie Bell, 38 boulevard de la Bonne Nouvelle, Paris Xème. Inscrivez-vous dès maintenant sur la plateforme en ligne (https://www.weezevent.com/les-bobards-d-or ) et choisissez les plus beaux professeurs de bobards sur nos réseaux en ligne (site des Bobards d’Or : http://bobards-dor.fr/ @bobardsdor / Facebook : Bobards d’Or).

[2] Sélectionnez les meilleurs bobards parmi les dix mensonges en lice. Seuls six d’entre eux seront retenus pour la cérémonie du 6 février. http://bobards-dor.fr/votes-2017/

aloysia biessy