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Alors que la gauche radicale en France semble agonisante, elle progresse dans certains pays européens. Paradoxe de ces forces de gauche antilibérale hostiles à la social-démocratie. Ces groupuscules demeurent éparpillés et minoritaires. Malgré son morcèlement, une attention médiatique non négligeable lui est portée. Elle constitue une nébuleuse, dont les membres s’expriment et militent de différentes manières souvent en dehors d’un parti politique.

Aujourd’hui trois gauches radicales se distinguent : politique, associative et syndicale.

Le Front de gauche a tenté par une organisation nouvelle de dépasser les clivages anciens des différents acteurs. Bien qu’en déclin, le PCF est le premier parti de la gauche radicale, avec une force militante homogène sur l’ensemble du territoire. Le centralisme démocratique du PCF a aujourd’hui disparu au profit d’un autre mode d’organisation. Avec des membres du parti vieillissants, aux origines sociales diverses (le parti n’est plus exclusivement ouvrier) et dont le nombre chute.

Dans le même temps les autres organisations communistes se désagrègent elles aussi même si le PCF maintient son existence grâce à l’appareil municipal qui s’amenuise d’élections en élections en luttant pour conserver ou conquérir des villes, sans autre parti. Par exemple à Gennevilliers, le nouveau maire PCF de la ville a été élu avec 61.43% des suffrages contre 74.95% en 2008. Dans un grands nombre de banlieues parisiennes, on observe au niveau local un effondrement. A Saint-Ouen le total des voix de gauche au premier tour atteignait 60%, au deuxième tour il en obtenait seulement 46.83%, avec un retrait du candidat socialiste au profit du candidat PCF-FDdG. Lors des dernières élections dans le Nord-Pas de Calais le PCF a perdu 20 communes sur 39. Au total la gauche a perdu 36 villes de plus de 9000 habitants sur les 89 encore dirigées entre 2008 et 2014. Finalement les élections municipales de 2014 ont été un échec confirmé par les élections européennes du 24 mai 2004. Le Front de gauche perd un siège mais gagne en revanche 1 200 000 électeurs.

La deuxième composante du Front de gauche est le parti de gauche. Symbolisé par Jean Luc Mélenchon. La critique systématique du Parti Socialiste a influé le départ de deux figures historiques : Marc Dolez et Franck Pupunat. Le parti ne possède pas de forces implantées et refuse toute alliance avec le PS. Un autre de ces éléments programmatique est le changement de Constitution et de République.

Ensemble est née en 2013 de la fusion de la mouvance communiste critique. Il est pour un mouvement alternatif de gauche écologiste et solidaire.

Le FdG rassemble aussi d’autres groupes : chevènementistes, membres du Parti Communiste des Ouvriers de France ou du Mouvement Républicain et Citoyen. Pour le parti de gauche, il s’agit de construire une force politique capable de dépasser le PS et de s’imposer comme la nouvelle formation de gauche.

De même le Nouveau Parti Capitaliste annonce plus de 2000 membres tandis qu’ils n’étaient que 1400 votant au dernier congrès. Lutte ouvrière est elle aussi marginale et compte à peine 800 adhérents. Ces deux partis peuvent être caractérisés par leur quasi-monopole sociologique, leurs membres étant issus du même milieu social.

Le parti ouvrier indépendant déclare 4000 membres mais le nombre de délégués au congrès de 2013 laisse à penser que leurs adhérents avoisine le milliers.

Enfin quelques autres groupes à l’influence relative sont seulement en charge de la publication d’un journal ou de l’animation d’un site web. Enfin, les libertaires sont quelques centaines et interviennent dans les mouvements antifascistes, dans les mouvements sociaux ou syndicaux.

Il existe plusieurs associations de gauche radicale que constituent nombre de membres des différents partis politiques. Certaines de ces associations sont critiques à l’égard de la politique économique[1].

On retrouve de nombreux clivages très forts au sein de ces mouvements. Le mouvement contre le racisme et pour l’amitié entre les peuples (MRAP) est par exemple en recul, le mouvement les indigènes de la république devenu le parti des indigènes de la République en 2010, est marqué par un antisémitisme un antisionisme et un anti-impérialisme prégnant. Les Indivisibles, fondés en 2005 par Rokhaya Diallo, est un mouvement qui entend dénoncer le racisme et l’islamophobie de certains hommes politiques et médiatiques.

D’autres associations se trouvent à la lisière du militantisme et du journalisme : elles analyses les médias ou occupent un positionnement journalistique. Ces journaux et associations mettent en cause les médias « officiels » qu’ils soupçonnent de connivence à l’égard des institutions et des puissants et induiraient de ce fait au silence de leur officine tout en formatant.

La dernière composante de la gauche radicale est la gauche syndicale, qui s’appuie sur quatre principales centrales syndicales : la Confédération Générale du Travail, l’Union Syndicale Solidaire, la Fédération Syndicale Unitaire et la Confédération Nationale du Travail.

La CGT, divisée entre réalistes et classistes aujourd’hui au pouvoir, est marqué par une culture du communisme, la défense des ouvriers et l’apologie du communisme. A l’occasion des différentes élections professionnelles elle marque un recul de 2 à 10 points selon les branches surtout dans ses principaux bastions. Sa première place n’est pourtant pas remise en cause, l’Union Syndicale Solidaire connaissant également un net reflux et la CNT se limitant aux syndicats locaux.

En matière d’action publique, la gauche radicale est très vite descendue dans la rue appelant le peuple à remettre en cause le gouvernement socialiste.

La première en septembre 2012, contre le traité européen. La suivant le 5 mai 2013, qui préconisait un renouvellement des personnalités politiques et l’instauration de la 6ème république. Elle rebat le pavé le 1er décembre 2013, contre l’austérité et pour la révolution fiscale. Le 12 avril 2014, une nouvelle manifestation prend forme contre l’austérité. On y a retrouvé des intellectuels, des politiques de différents partis (EELV, FdG, PCF, Ensemble, Nouvelle Donne, etc.), et certains syndicats (CGT, SUD, FSU, etc.)

Les attentats de 2015 ont exacerbé des ruptures et des continuités : nombre d’organisations ont appelé au soutien et au rassemblement juste après les attentats. Mais elles se désolidarisent des organisations du 11 janvier en raison de la présence des chefs d’état. Les attentats de novembre, ont conduit les différentes formations de la gauche radicale à culpabiliser la République. Et à dénoncer les agissements du gouvernement comme vecteurs des attentats. Cependant c’est avant tout le totalitarisme religieux et le fanatisme qui sont dénoncés.

Suite à la présentation du projet de loi travail en Février, l’essentiel des formations de la gauche radicale sont entrées en contestation, seul un parti s’étant désengagé suite aux renégociations. Suite aux premières manifestations le mouvement prend forme le 31 mars. Des militants d’extrême-gauche fondent Nuit Debout, contestation aux caractéristiques multiples: prise de parole spontanée, commission de réflexion, etc. il n’existe pas de mouvement réellement unifié. Le mouvement présente rapidement ses limites : montées des violences lors des manifestations, ou se mélangent militants pacifistes, militants d’extrême gauche se revendiquant des violences révolutionnaires et jeunes des quartiers populaires à l’affut des conflits.

Deux franges se détachent des rassemblements Nuit Debout : une frange pour l’ouverture du mouvement, s’inscrivant dans une tradition pacifique, et une frange plus extrême, à l’origine de violences ou d’expulsion de certaines personnalités, comme Alain Finkielkraut le 16 avril.

La gauche radicale est à fortiori présente dans les mouvements sociaux. Les ZAD de Notre-Dame-Des Landes et du barrage de Sivens en sont les symboles. Les formes et moyens de l’opposition varient. Concernant la ZAD on retrouve des actions pacifiques (grève de la faim, manifestations dans les rues de Nantes), mais aussi des actions virulentes comme les « black blocks ». Les diverses actions de la part des militants on entériné le statu quo. Sur le plan de la solidarité internationale, les manifestations de la gauche radicale ont été caractérisées par un soutien affirmé envers les Palestiniens. Cette prise de position internationale très suivie est un phénomène unique. La capacité mobilisatrice de la gauche radicale touche surtout la culture, l’édition et l’université.

La Gauche radicale en revue et en livre donne l’impression que cette dernière est plus fournie qu’elle ne l’est en réalité. La documentation issue de la gauche radicale décroit sans cesse de fait, et ses ventes chutent.

Cependant les éditeurs et les revues Marxistes issues de la mouvance du PCF, conduites par d’anciens communistes orthodoxes ou rénovateurs sont encore nombreux. Le temps des cerises en perte de vitesse perpétue également la tradition communiste orthodoxe. La disparition de revues qu’elle animait témoigne de l’essoufflement progressif de cette frange de la gauche radicale.

Les revues et éditeurs proche du PCF se sont désormais ouverts aux autres courants de la gauche radicale

La revue Mouvement a joué un rôle de passeur entre les différentes franges de la gauche radicale, avec pour objectif de ne pas laisser seuls les partis politiques transformer la gauche. Elle a une volonté contre-hégémonique visant à montrer la porosité entre anciens trotskistes et communistes.

Le journal Regards, dans la lignée communiste a un équilibre financier très précaire. Soutenu par Jean-Luc Mélenchon, il est un organe officieux du courant Ensemble.

Le Trotskisme compte de nombreux journaux militants (l’anticapitaliste – NPA / Lutte ouvrière et lutte des classes). Ils possèdent la revue théorique Contretemps, un lieu de rencontre des gauches radicales. Enfin, une grande partie des textes sont issus de la mouvance syndicale.

Les écologistes radicaux possèdent eux aussi leur propre bibliographie. Un certain nombre de revues de la mouvance écologiste partagent certaines idées des mouvances radicales de gauche.

Le Monde diplomatique qui, à l’origine, s’inscrivait dans la mouvance Tiers-Mondiste Marxiste, s’est ouvert à tout type de contestation du système. De nombreux éditeurs font de même, au fondement de nébuleuses aux contours flous, mais actives sur le plan éditorial.

Le réseau le plus divisé est celui des BourdIeusiens, qui se sont divisés à la mort du maître. Actif dans le monde la recherche universitaire il l’est aussi dans le monde de l’édition militante. Ils sont structurés autour de la revue Actes de la recherche. Certains d’entre eux ont crée une revue d’intervention militante Savoir/Agir (publiée depuis 2010) piloté par Gérard Mauger, l’un des plus éminents représentant de cette sociologie. L’éditeur Le Croquant publie également plusieurs travaux des sociologues et historiens se réclamant de cette École mêlant enquête scientifique et aspirations militantes.

Les éditeurs militants possèdent plusieurs lieux d’échange et de discussion : le principal qui a supplanté les autres est le blog Médiapart hébergeant tout ce que la gauche radicale peut contenir comme nuances.

La gauche radicale ne va pas bien. Après un effondrement électoral et social, ses apparitions sont limitées, leurs contestations ne recevant plus guère de soutien. Sa presse et ses militants sont également en baisse constante. Seuls les milieux intellectuels et culturels font encore face. Bien que minoritaire, un effet démultiplicateur donne l’impression de son omniprésence notamment dans le domaine de la recherche en Science Humaines.

[1] la fondation Copernic fondée en1998 pour dénoncer le libéralisme dirigée par universitaires français du NPA, l’association pour la taxation des transactions financières et pour l’action citoyenne.

 

Source : Boulouque, Sylvain, La gauche radicale : liens, lieux et luttes (2012-2017), 23 mai 2016, Fondation pour l’Innovation politique.

N.b. Cette note fait une synthèse sur le ton de la neutralité.

aloysia biessy