The Eiffel Tower is lit with the blue, white and red colours of the French flag in Paris, France, November 16, 2015, to pay tribute to the victims of a series of deadly attacks on Friday in the French capital.  REUTERS/Benoit Tessier

France Stratégie l’affirme : en perspective des élections présidentielles de 2017, « l’aptitude du pouvoir des urnes à ouvrir des voies nouvelles et à trancher les questions conflictuelles » est désormais à l’ordre du jour. Le débat pré-électoral doit permettre de poser un diagnostic objectif et pertinent pour définir les questions essentielles dans une période politiquement et économiquement trouble, tout en apportant un panel de remèdes pragmatiques et ancrés dans le long terme. Ces solutions doivent se fonder sur des faits incontestables, des évaluations objectives, des éléments de diagnostic prospectif et servir à un débat public étayé à l’aune des différentes options envisagées.

  1. Du diagnostic aux propositions de résolution
  • A l’aube des présidentielles : quel bilan pour la politique française ?

Du point de vue de la Défense, la situation de la France est fragile puisque sa sécurité aussi bien intérieure qu’extérieure est menacée. En termes économique et social, la situation du pays n’est guère plus encourageante puisqu’en 2017, pour les actifs, le revenu par habitant retrouvera difficilement le niveau auquel il se situait il y a dix ans. Le taux de chômage quant à lui, ne baissera pas significativement et sera même historiquement élevé. Cette situation engendre une coexistence crispée entre une moitié de la population relativement prospère et confiante et une autre appauvrie et inquiète. Une distorsion d’autant plus réelle que de profonds bouleversements économiques et sociaux sont induits par les avancées technologiques. Enfin, à l’échelle européenne, la posture française demeure incertaine. Un certain nombre de réponses sont attendues de la part de l’Etat par la population française. Or, les ressources publiques sont rares et déjà très sollicitées.

  • Face au climat d’incertitude : quelles réponses ?

Face à ce bilan et dans un souci de performance de l’action politique, France Stratégie invite à favoriser la concertation et fournir, domaine par domaine, de manière strictement non partisane, une analyse de la situation. En somme, le laboratoire d’idée propose de présenter un recueil des défis futurs ainsi qu’un inventaire des grands arbitrages qui s’offrent au pays. L’objectif est de fournir une base solide d’informations pour permettre des discussions éclairées.

A ce titre, il se pare d’un plan stratégique en cinq points : en premier lieu, il prône la rupture avec une perspective courte, équivalente à celle d’un mandat, qui ne peut permettre de réaliser une action politique. Celle-ci doit se planifier sur dix ans. L’organisme de réflexion propose également une approche plus précise et analytique des thèmes relevant du domaine régalien tel que la sécurité, les libertés publiques, les affaires étrangères et la Défense. Il rappelle comme principe structurant, le respect du caractère politique des choix démocratiques. Il sous-entend également qu’il est nécessaire de valoriser la concertation et le débat comme méthode de travail au lieu de porter une simple méthode d’élaboration. Ainsi, 180 contributions ont donc été publiées et associées à des débats contradictoires qui ont rassemblé élu, partenaires sociaux, acteurs de la société civile, experts et partenaires internationaux. Enfin, France Stratégie enjoint à adopter une démarche transparente pour permettre à chacun de s’approprier les différentes informations pour alimenter sa propre réflexion. Une réflexion qui doit permettre de réfléchir aux perspectives sur le long-terme de la politique de demain, évaluant les perspectives pour la tranche 2017-2027.

 

  1. Perspectives 2017-2027 : trois transitions
  • Dans quels domaines agir ?

La question climatique occupe les esprits tant elle s’avéra déterminante dans un proche avenir. Conscient de cet enjeux, France Stratégie annonce que pour atteindre l’objectif des deux degrés d’augmentation de la température à ne pas dépasser, il faudra d’ici 2030 réduire d’encore 30%, par rapport aux engagements de la COP 21, l’émission des gaz à effets de serre. Dans le cas contraire, aucune action ultérieure ne permettra de compenser les effets de ce réchauffement. Une attention toute particulière doit alors être portée au secteur du transport, du résidentiel tertiaire et à l’agriculture. Pour sensibiliser les acteurs du réchauffement climatique, une taxe carbone générale à hauteur de 150 euros par tonne de C0² émise peut être envisagée.

La mutation du travail est également l’un point majeur de ces prochaines années. L’emploi salarié stable à plein temps est remis en cause. Le marché du travail tend vers l’intermittence, de nouvelles formes de travail indépendant, la polyactivité ou encore le travail sur plateforme. Dans cette perspective, la transformation numérique constitue un enjeu de taille. Or, la France et l’Europe sont très en retard dans ce domaine. L’amplitude de ce phénomène est, à présent suffisamment important et nécessite une réponse publique qui associe l’accompagnement de ces mutations à un accès aux droits sociaux pour tous les actifs.

  • Face aux mutations, des incertitudes

Avec une croissance mondiale estimée à 3,5 % pour la prochaine décennie, l’environnement macroéconomique est peu favorable et soulève des incertitudes en raison de la faiblesse des gains de productivité, des taux d’intérêts réels à long terme et un excès d’épargne. Le contexte européen n’est guère plus encourageant puisque la pérennité de l’Union européenne est remise en cause. En effet, la zone euro est en crise. L’intégration économique et sociale de l’Union Européenne est en panne, indique France Stratégie. Quant à l’instabilité des pays voisins et l’affaiblissement de la légitimité politique de l’Union européenne, celles-ci ne permettent pas non plus de faire quitter le statut quo des européens : « ils ne veulent ni avancer dans l’intégration, ni reculer », indique le rapporteur.

La première ligne de faille est la polarisation territoriale d’une France coupée en deux. Entre métropoles créatrices d’emploi et de développement et villes moyennes / territoires ruraux, se créé une réelle fracture. Or, « une politique ne peut réussir si elle ne valorise pas la force de l’entrainement des métropoles. Aucune n’est acceptable si elle ne crée pas les conditions d’un équilibre territorial », indique le rapport. La mise en place d’une politique territoriale renouvelée est urgente. Le seconde ligne de faille est celle de la polarisation sociale, où la croissance ne rassemble plus les français mais les divise. Alors que certains y voient la promesse d’une amélioration du niveau de vie d’autres y voit « une menace d’inégalité accrue ». Pour remédier à cela, France Stratégie propose de promouvoir la mobilité sociale associée à une lutte contre les inégalités. En outre, la France est moins efficace pour endiguer le chômage que des pays comparables alors qu’elle investit 108 milliards d’euros par an pour stimuler le marché de l’emploi. Un réinvestissement dans les compétences et une réorganisation des formations professionnelles est donc souhaitable. La troisième ligne de faille est celle de la polarisation générationnelle puisque les choix politiques opérés desservent les jeunes aussi bien au niveau de leur accès au marché du travail, qu’au logement … Sans oublier que peu de ressources sont consacrées à l’éducation et aux retraites.

Conclusion

Face aux incertitudes et en regard du diagnostic de l’atmosphère française, les investissements prioritaires sont recommandés par le laboratoire d’idées. Un investissement qui passera d’abord par des enjeux d’ordre national, visant à valoriser les compétences des actifs. D’autre part, il faut porter les efforts sur la compétitivité du secteur des exportations. Pour rendre attractifs les produits français malgré leur coût élevé, il est désormais impératif que la qualité et l’innovation soient au rendez-vous. Enfin, l’éducation doit faire l’objet d’une attention particulière pour combattre les inégalités sociales et pour mieux former les jeunes générations. Le budget accordé en la matière, devrait être augmenté de 20 à 30 milliards d’euros pour rejoindre les pays qui sont plus performants que la France.

En somme, il est absolument indispensable que les ambitions affirmées et les décisions proposées soient cohérentes. L’augmentation de 30 point de PIB de la dette publique en 10 ans ne doit pas empêcher de profiter de la faiblesse des taux d’intérêts pour emprunter et investir.

Nb. Cette note propose une synthèse sur le ton de la neutralité de la note de France Stratégie « 2017-2017 projets, méthode, enseignements », octobre 2016.

 

aloysia biessy