Le début de l’examen de la réforme ferroviaire le 17 juin a soulevé de nombreuses protestations de la part du personnel de la SNCF. Au 6ème jour de la grève, de nouveau reconduite, plus d’un train sur deux est supprimé. Rendant une nouvelle fois les voyageurs « otages » d’un conflit qui ne les concerne pas. Cette grève a en plus de graves conséquences économiques (au moins 80 millions pour le moment). Les grèves posent d’autant plus de problème que le baccalauréat commence ce lundi 16 juin et 8% des élèves dépendent du train pour se rendre dans leur centre d’examen. Seul 14,08 % du personnel était en grève, en recul de près de 14 points par rapport au premier jour, selon la direction de la SNCF. Une minorité extrêmement efficace. La CGT et SUD-Rail ont appelé les cheminots à manifester à Paris mardi, au premier jour des débats à l’Assemblée. Malgré les tentatives de dialogue entre les syndicats et le gouvernement, pour l’instant aucun accord n’a été trouvé.

Rappel du projet de loi

Le projet de réforme ferroviaire présenté par M. Philippe Martin, le ministre de l’écologie, du développement durable et de l’énergie, et M. Frédéric Cuvillier, le ministre délégué auprès du ministre de l’écologie, du développement durable et de l’énergie, chargé des transports, de la mer et de la pêche avait été présenté dès octobre 2013. Ce projet de loi qui revient actuellement en débat prévoit de simplifier  l’organisation complexe du système ferroviaire. En effet, depuis 1997, le secteur ferroviaire est composé de deux entités : la SNCF qui exploite le réseau et RFF (réseau ferré de France) qui s’occupe des infrastructures. La réforme veut permettre un meilleur fonctionnement entre les deux pour éviter les dysfonctionnements comme l’emblématique raté des nouveaux TER trop larges pour les quais de gare…

En effet, la SNCF deviendrait SNCF mobilité et RFF deviendrait SNCF réseau. Ces deux établissements se retrouveraient sous l’égide d’un établissement mère : la SNCF. La loi prévoit une réforme du statut des cheminots.

Les deux objectifs de ce projet sont les suivants : diminuer la dette du système ferroviaire et préparer l’ouverture pour la concurrence européenne. En effet, la dette d’aujourd’hui est d’environ 40 milliards d’euros et augmente de 1,5 milliard d’euros par an. La réforme a également pour but de s’adapter aux directives européennes. A partir de 2019, la Commission européenne impose la libéralisation des transports ferroviaires nationaux. Ce qui implique que la SNCF n’aura plus un monopole complet sur les transports des passagers en France et qu’une entreprise étrangère pourra transporter des voyageurs entre deux villes françaises.

Les différents mouvements opposés

Quatre syndicats de cheminots ont appelé à un mouvement de grève : la CGT, SUD-Rail, FO et First. Selon eux, cette réforme ne va pas assez loin, ils craignent par ailleurs que cet endiguement ne soit fait au détriment des cheminots et s’opposent à toute “réduction massive d’emplois”. Ils redoutent également l’ouverture du système ferroviaire à la concurrence, prévue en Europe pour 2019, qui n’est pas mentionnée dans le projet de loi mais aura potentiellement des conséquences sur leur travail. Pour finir, les syndicats remettent en cause l’efficacité de la réforme au niveau budgétaire, selon la CGT « ce projet de loi n’offre aucune perspective sur le financement de la rénovation et du développement du réseau ».

Le clan UMP est quant à lui divisé : Luc Chatel, le secrétaire général de l’UMP a demandé au gouvernement ce lundi 16 juin de retirer la réforme ferroviaire : «Je demande au gouvernement de le retirer» étant donné qu’il «s’agit d’un texte qui va dans la mauvaise direction, et qui est un retour en arrière». Le député Hervé Mariton pense au contraire qu’«il faut laisser passer ce texte dans les moins mauvaises conditions possibles et en essayant de faire en sorte que le gouvernement s’en sorte. Il ajoute que «c’est étonnant de la part d’une personnalité de l’opposition mais on n’est pas là pour compliquer la vie des passagers, on n’est pas là pour compliquer l’avenir du système ferroviaire».

L’échec d’un appel au  dialogue

Malgré l’appel du Premier ministre Manuel Valls à dialoguer et à «arrêter» le mouvement pour les premières épreuves du bac, les cheminots ont décidé, lors de leurs assemblées générales de reconduire la grève au moins jusqu’au mardi 17 juin. Malgré les problèmes que cela implique, le Premier ministre a exclu tout report de l’examen de la réforme ferroviaire car cette réforme est pour lui indispensable. Des deux côtés, gouvernement et CGT appellent au dialogue. Le Premier ministre a assuré samedi que «la porte du gouvernement est ouverte» et que le dialogue allait «se poursuivre». Le secrétaire général de la CGT, Thierry Lepaon, a de son côté adressé une lettre à François Hollande, l’enjoignant à ouvrir « de vraies négociations » avec la CGT.

Cependant, après avoir examiné les propositions écrites du gouvernement concernant leurs revendications, la CGT et SUD-Rail ont jugé que “le projet de loi demeure fortement néfaste pour le service public SNCF et les cheminots”. Ils ont assuré “ne pas fermer la porte au dialogue” mais réclament toujours un autre projet. En attendant, la circulation reste une fois encore fortement perturbée.

France Renaissance

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