Charles Coutel est professeur à l’université d’Artois. Il vient de faire paraître, en 2013, un ouvrage consacré à Charles Péguy, Petite vie de Charles Péguy, aux éditions Desclée de Brouwer.

Que l’on soit socialiste, dreyfusard (s’il en existe encore !), catholique, ou même réactionnaire : tous ceux qui ont préféré, selon l’expression de l’écrivain, la « mystique » à la « politique » ne peuvent rester indifférents à cet auteur dont les maîtres-mots étaient honneur et fidélité. L’honneur premier de Péguy, qu’il a défendu de toute tâche, c’est sa vie intime et morale. La fidélité première de Péguy, c’est celle à son enfance et à ses rêves, c’est celle à Notre jeunesse ; voilà pourquoi Charles Coutel a raison de penser que la « petite vie » de Péguy explique la « grande ».

La « petite vie » de Péguy, c’est sa vie d’enfant, mais aussi celle qui « se tient au plus près des vertus de la sphère privée », c’est « la “mer profonde” ; elle ne sera pas tranquille pour autant mais sereine en son cœur, car elle songe à être toujours fidèle à elle-même » et qui « s’organise autour d’une fidélité à soi, elle-même fondée sur une philosophie de l’Enfance ; durant cette période de sa vie tout homme est promesse à soi, tournée vers l’avenir (la “petite fille Espérance”, dit Péguy) ». C’est la vie qu’il partageait avec ses amis seulement. C’est donc en ami de Charles Péguy que Charles Coutel nous ouvre à cette « petite » vie sans laquelle il est impossible de comprendre la « grande vie » de cet auteur hors du commun.

Cette vie, Péguy va essayer de la faire la plus belle possible, parce que l’auteur appelle la « cathédralisation de soi ». L’introduction le dit : « L’œuvre et la vie de Péguy se placent sous le signe de l’Hospitalité dans un monde que le poète voit devenir de plus en plus inhospitalier ; mais comment rendre le monde de nouveau hospitalier ? Telle est la question que semble poser Péguy quand il suit Jeanne, lit les Classiques ou découvre les cathédrales. La cathédrale est le symbole de cette “petite vie”, mise en lumière et en gloire, se plaçant sous le signe de l’Hospitalité. » Cette notion rend à l’œuvre de Péguy, si étonnante et bigarrée, une sorte de cohérence dont profiteront les nouveaux lecteurs comme les spécialistes. Cette « cathédralisation » s’opère en trois lieux, en trois cathédrales : Orléans, Paris et enfin, Chartres, qui est la direction.

D’Orléans, l’homme tire son admiration pour ses aïeux, son goût pour le travail bien fait, sa dévotion pour l’école et ses maîtres. C’est aussi à Orléans qu’il trouvera son plus grand modèle : Jeanne d’Arc. À Paris, le normalien apprendra le combat, et d’abord celui de l’idéal mystique contre les clans « politiques », qu’ils soient catholiques, orléanistes, socialistes, dreyfusards ou anarchistes. Cette poursuite l’agrandit, ouvrant à la lumière les débats salis par les bourgeois de la politique. Il veut servir le peuple contre le vice organisé. Mais enfin, l’auteur retrouve la foi, ou plutôt, selon la thèse de Charles Coutel, il approfondit sa « petite vie ». Chaque pèlerinage vers Chartres amplifie cette vie et son œuvre, leur donnant l’allure de la cathédrale vers laquelle il tend. Cette cathédrale qui ne semblera jamais achevée, mais qui sera tout de même la gloire du peuple, de la France, de la vérité et de la chrétienté que Péguy révérait tant.

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